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  • Un rogaton de choses belles

     

    Hylas Waterhouse.png

    Croiser une jeune femme et nier son décolleté

    C'est lui faire une insulte, c'est comme la renier.

    Il ne perdurera que quelques douces années,

    C'est pour ça qu'elle se force et tient à le montrer :

    Vite, vite, regardez-le ! Semble-t-elle nous crier.

    Si elle moque le regard hors des yeux dirigé

    Quand elle parle ou passe, c'est juste pour affirmer

    Comme une plaisanterie qu'on chute dans ses rets.

    Si on est trop patraque il faut donc se forcer

     

    À jeter un coup d'oeil ; on doit la respecter.

  • Des rogatons de liberté

    Je n'arrive toujours pas à réaliser. Ils les ont tués, tous, un par un.
    C'est affreux. mercredi après-midi, je n'arrivais pas à faire autre chose qu'à suivre les fils d'actualité des journaux en ligne. 
    Quand j'ai appris ça, peu de temps avant d'aller déjeuner, je ne me suis pas rendue compte. 
    Un attentat à Charlie ? 
    Oui, bon, ça peut arriver, comme en 2011 où aucune victime n'avait été à déplorer. Et puis ce sont les risques du métier. Je pense que ce n'est pas loin de chez moi, voilà. Que j'aurais pu faire partie des victimes, si j'étais passée par là, à ce moment là; ce qui fait beaucoup de coïncidences. Je ne me rends encore pas compte que les assassins ont agit de sang froid, ciblant chacune de leurs victimes ; je pense qu'ils ont tirés dans la foule.
    Mais en revenant au bureau vers 14h, tout s'emballe. Ma mère me dit que Cabu serait mort.
    C'est plus sérieux que ce que je pensais. Je vais sur le site du monde et là j'apprends qu'il s'agit de 12 morts, tous faisant partie de l'équipe de rédaction. Encore non identifiés. 
    Des blessés. Graves. Oui, grave.
    Charlie Hebdo. Mon adolescence. Le journal du mercredi, qu'on lisait ensemble, avec ma mère. Les éditos de Val toujours intelligents, Siné sème sa zone, les unes auxquelles vous avez échappées, les dessins de Cabu, les articles de Renaud que je découpais tous sans exception pour les coller dans un gros classeur.  
    Fini tout ça. C'est une partie de ma jeunesse qui s’envole. C'est comme mes amis qu'on a tué.
    Aujourd'hui, je n'achetais plus beaucoup Charlie, non. Mais je regardais les unes de temps en temps, contente de voir que le journal existait encore, malgré de nombreux périls. 
    mercredi, je suis choquée. Impossible de travailler. Je n'arrive pas à me détacher des actualités, qui défilent sous mes yeux. Les nouvelles affreuses qui s'effondrent sur la toile, au compte-goute. 
    Les gens sur facebook se transforment en petits carrés noirs. Leur mine est aussi sombre que la mienne. Je me sens un peu moins seule.
    Je n'y crois toujours pas. Et puis j'apprends la mort de Bernard Maris. Je me demande quand cela va s'arrêter. 
    Je lis les témoignages, regarde les photos des soutiens qui commencent à s'agglutiner place de la République. J'irai, moi aussi, bien sûr. 
    Non pas que j'aime la foule. Mais je tiens à être présente. Je veux me recueillir, commémorer, partager ma peine, manifester mon deuil, montrer mon incompréhension. 
    Il y a un monde fou pour rejoindre la place. Il faut faire la queue pour sortir du métro. J'entends quelqu'un plaisanter, en disant "je n'ai jamais fraudé dans ce sens!", en sortant par les tourniquets dans lesquels il faut insérer son ticket. 
    Sur la place, les gens sont comme moi : silencieux, abasourdis. Tout le monde est Charlie. Il y a des bougies, une écharpe noire au bras de la république, des panneaux lumineux, clamant "not affraid". 
    Mais moi, j'ai peur. Tout se confond. J'ai peur pour mon pays, pour la liberté, pour l'humour, pour l'avenir, pour tout. On a tué tout ça, c'est une tristesse infinie.
    Je rentre, je découvre les réactions de Pelloux et de Val, qui m'émeuvent aux larmes. Je laisse de côté ceux qui se permettent déjà des analyses complexes sur la montée du fanatisme. Non, moi je veux me taire, respecter le silence, commémorer avec ceux qui ont la même peine que moi.
    Ils sont morts, nous sommes à terre.