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  • Un rogaton de douleur

     

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    Aïe !

    La douleur est confuse, confuse d'exister sans doute.

    Elle est là, elle maraude, se love, tourne en rond, s'enroule.

    Parfois elle se déplie et, froissant un peu un nerf, elle semble s'excuser alors.

    Pour tenter de la rendre immobile, invisible, je tourne en rond, je maraude, si j'arrive à la suspendre dans le vide peut-être disparaîtra-t-elle pour de bon ?

    Il faudrait arriver à penser à autre chose qu'elle.

    Quand elle bouge à peine je ne sens qu'elle, je ne pense qu'à elle, si elle est immobile, je l'attends. J'attends son inéluctable retour et je sais qu'à chaque fois elle grossit un peu plus, elle grandit un peu plus, et, comme Alice, prend de plus en plus de place, sans cesse s'excusant et de plus en plus fréquemment.

    Pourrai-je l'apprivoiser ? J'en doute.

    Elle ronronne parfois mais, à peine endormie, un rêve la détend brusquement et elle lance ses griffes d'une patte agressive, en un sursaut dépité et comme désespérée de s'être laissé aller.

    Puisqu'on ne peut la détruire, puisqu'elle est immortelle, il faudrait pouvoir l'hypnotiser, mais il faudrait alors pour cela diriger sur elle ses pensées et ne plus penser à rien d'autre.

    Y penser ? N'y pas penser ? L'oublier ? Parler d'elle ? Toute issue paraît vaine et les violons apaisants d'une musique morphinique ne l'adouciraient qu'un instant, la rendant plus forte une fois le silence revenu.

    On se plaît à espérer pouvoir maîtriser le temps, revenir avant, dans les temps où on ignorait qu'elle existât, mais il resterait une réminiscence insidieuse qui nous rappellerait que cette ignorance, si elle niait son existence, ne la supprimerait pas, car la douleur existait avant qu'elle ne se fût manifestée.

    Alors je me dis que je suis un terreau et qu'elle s'est simplement agrippée à ma cheville quand j'ai croisé son chemin, qu'elle se plaît ici et ne me lâchera plus. Elle a toujours existé, dans la poussière des chemins, dans le vent qui décoiffe, dans l'eau qui rafraîchit, dans le ciel infini, dans le feu qui éclaire les veillées. Je me dis qu'elle est tout et que je ne suis rien, que c'est elle la vie et que je ne suis qu'une page blanche sur laquelle elle trace ses hiéroglyphes.

    J'observe attentivement et un peu intrigué les signes qui se forment, tentant de les déchiffrer sans espoir d'y parvenir. Son écriture est inhumaine.

    Et si, suicidaire, elle cherchait depuis toujours à nous transmettre ainsi la façon de la détruire, avec le seul langage qu'elle connaisse et qui nous est totalement et depuis toujours inconnu ?

    Ce serait vraiment trop bête !

    Peut-être est-ce pour cela qu'elle imite d'abord un comportement de chat, dont elle nous sait si proches, avant, énervée devant notre obscurantisme profond, de nous secouer par tous les bouts, de nous taper la tête contre les murs.

     

    On peut toujours rêver, mais, en attendant, Aïe !