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  • Le rogaton d'un fatras d'histoires avec des paroles

    POUR SALUER PREVERT

     

     

     

     

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    Ah ! Qu'est-ce que c'est idiot !

    Qu'est-ce que c'est rigolo !

    Cet auteur est sans égal

    Pour faire avec des phrases un régal !

    Habile bateleur, il jongle avec les mots

    Qui sont pour lui comme des poissons dans l'eau.

    Les animaux ont la parole

    Et n'assènent que des paraboles,

    Des choses bien senties, on dirait des morales,

    Des pensées réfléchies, sérieuses comme un amiral,

    Amiral en cavale qui sortirait de son école,

    De l'école des amirals où les pluriels se haussent le col,

    Des histoires d'éléphants de mer tout guillerets

    Qui se fendraient la pipe pour avoir des gueules de raies.

    Regardez-le sur les photos :

    Il ne paye pas de mine,

    On dirait pas que c'est un rigolo

    Avec sa tête d'humeur chafouine.

    Ah ! Quelle andouille, qu'il nous fait rire !

    On n'y comprend rien, c'est amusant,

    Le peuple en liesse est en délire

    Et réclame pour lui comme un besoin pressant

     

    La belle médaille en chocolat blanc du souvenir.

     

     

  • Un rogaton de didascalies

    Sur les routes encombrées de l'été naissent des idées qu'il faut s'empresser de fixer d'une main par l'écriture en conduisant de l'autre par crainte qu'elles ne s'enfuient.

     

     

     

     

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    LE BARYTON CHEVELU

     

     

    Cette pièce a été créée simultanément au théâtre de l'Ambigu, à Paris et au théâtre du Globe, à Londres, le 26 octobre 1992. On n'arrive toujours pas à expliquer comment les mêmes acteurs ont pu jouer en même temps dans des lieux différents, alors même que les théâtres avaient disparu. On n'a pas vraiment cherché non plus, et la magie du spectacle n'explique pas tout, bien qu'il soit rassurant de s'en prévaloir.

     

     

    La scène représente une chambre plongée dans la pénombre.

    Côté cour, une fenêtre entrouverte montre la silhouette d'une ville de moyenne importance sous le soleil de midi. On pourra entendre quelques cloches carillonner mais le son sera comme assourdi.

    Sous cette fenêtre, un lit défait ; couvertures éparses et oreillers renversés indiquent que l'occupant a eu un sommeil agité, soubresautant, empli dans ses rares instants de tranquillité apparente de songes délétères, soit qu'il fût contrit d'occuper seul ce lit, soit qu'il eût cherché sans succès à désoccuper ses pensées d'un objet amoureux par trop pressant.

    Côté jardin, un bureau sur lequel se trouve une lampe, allumée malgré l'heure. Un homme, celui qui vient de quitter le lit, écrit.

    Au fond de la scène, un mur obscur sur lequel se devine plus qu'elle ne se voit l’embrasure d'une porte. On entend le crissement sur le papier de la plume avec laquelle l'homme écrit.

    Quelques coups, d'abord discrets puis de plus en plus forts se font entendre, frappés à la porte.

    L'homme semble d'abord ne pas les entendre, puis un léger mouvement des épaules indique qu'il les perçoit mais qu'ils cesseront peut-être d'eux-mêmes s'il n'y prête pas attention.

    Il finit par arrêter d'écrire, convaincu qu'il ne peut plus feindre de n'avoir rien entendu.

     

     

    - Entrez !...

     

     

     

     

    Les coups à la porte cessent. On doit sentir que l'homme ou la femme qui les portait hésite, ne sachant pas si il ou elle a entendu précisément ce qui vient d'être dit.

    Le silence est total des deux côtés de la porte et la ville même ne fait plus aucun bruit, ni sons de cloches, ni rumeurs.

    Deux minutes ou une heure trente se passent, à l'appréciation du metteur en scène.

     

     

     

     

    - Entrez donc, nom d'un chien !

     

     

     

     

    RIDEAU

     

     

     

     

    Ce « nom d'un chien » fut réservé à l'exhibition parisienne, puis successivement remplacé selon les lieux de représentation par « good Lord », « cornegidouille », « par la barde du prophète », « fuck », « fouchtra », « hijo de puta », « porca Madonna », et bien d'autres encore, parfois choisis au pied levé, en général par le concierge du théâtre dans lequel était jouée la pièce. Lors de la première représentation londonienne, la pièce fut copieusement huée car l'auteur avait oublié d'adapter les jurons aux spectateurs. Les critiques dirent d'abord que ce mauvais accueil était dû au manque de compréhension du public pour qui « nom d'un chien » ne voulait rien dire, avant d'avouer unanimement que la pièce était franchement mauvaise.

     

    Le rôle du personnage qui frappe à la porte et dont on n'a jamais su dire s'il s'agissait d'un homme ou d'une femme – et les exégètes s'en disputent encore – fut dans certaines occasions, de maladie, de rupture de contrat ou de désintérêt total, joué par le concierge du théâtre.

  • Le rogaton d'un rayon de soleil

     

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    Toutes les femmes sont belles

     

    Revienne chaque été et c'est toujours pareil

    Prétextant de chaleur les femmes se découvrent

    Oripeaux valdingués, réveil d'un long sommeil,

    Chaque année, étonné, le passant les découvre.

     

    Or c'est parfois qu'à être plus âgées elles jouent,

    Qu'elles rosissent d'une touche d'un peu plus rose leurs joues,

    Se parant d'ornements et se poudrant le nez,

    C'est par imitation qu'elles font comme leurs aînées,

    Et c'est bien inutile qu'elles nous fassent ce cadeau

    Tant c'est vrai qu'à leur âge quoi qu'elles montrent, c'est beau.

    Mais ainsi elles apprennent ce qui embellira

    Demain une chair un peu trop flasque au cou, aux bras,

    La ride qui s'affaisse, redoutable crevasse,

    Disent-elles, charme tant exquis qu'elles recouvrent, hélas !

     

    Toutes les femmes sont belles, avec ou sans le khôl,

    Et c'est pour leur beauté que les hommes caracolent.

    Toutes les femmes sont belles, à tout âge et toujours,

     

    C'est pour les révérer qu'on inventa l'amour.