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Un rogaton de didascalies

Sur les routes encombrées de l'été naissent des idées qu'il faut s'empresser de fixer d'une main par l'écriture en conduisant de l'autre par crainte qu'elles ne s'enfuient.

 

 

 

 

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LE BARYTON CHEVELU

 

 

Cette pièce a été créée simultanément au théâtre de l'Ambigu, à Paris et au théâtre du Globe, à Londres, le 26 octobre 1992. On n'arrive toujours pas à expliquer comment les mêmes acteurs ont pu jouer en même temps dans des lieux différents, alors même que les théâtres avaient disparu. On n'a pas vraiment cherché non plus, et la magie du spectacle n'explique pas tout, bien qu'il soit rassurant de s'en prévaloir.

 

 

La scène représente une chambre plongée dans la pénombre.

Côté cour, une fenêtre entrouverte montre la silhouette d'une ville de moyenne importance sous le soleil de midi. On pourra entendre quelques cloches carillonner mais le son sera comme assourdi.

Sous cette fenêtre, un lit défait ; couvertures éparses et oreillers renversés indiquent que l'occupant a eu un sommeil agité, soubresautant, empli dans ses rares instants de tranquillité apparente de songes délétères, soit qu'il fût contrit d'occuper seul ce lit, soit qu'il eût cherché sans succès à désoccuper ses pensées d'un objet amoureux par trop pressant.

Côté jardin, un bureau sur lequel se trouve une lampe, allumée malgré l'heure. Un homme, celui qui vient de quitter le lit, écrit.

Au fond de la scène, un mur obscur sur lequel se devine plus qu'elle ne se voit l’embrasure d'une porte. On entend le crissement sur le papier de la plume avec laquelle l'homme écrit.

Quelques coups, d'abord discrets puis de plus en plus forts se font entendre, frappés à la porte.

L'homme semble d'abord ne pas les entendre, puis un léger mouvement des épaules indique qu'il les perçoit mais qu'ils cesseront peut-être d'eux-mêmes s'il n'y prête pas attention.

Il finit par arrêter d'écrire, convaincu qu'il ne peut plus feindre de n'avoir rien entendu.

 

 

- Entrez !...

 

 

 

 

Les coups à la porte cessent. On doit sentir que l'homme ou la femme qui les portait hésite, ne sachant pas si il ou elle a entendu précisément ce qui vient d'être dit.

Le silence est total des deux côtés de la porte et la ville même ne fait plus aucun bruit, ni sons de cloches, ni rumeurs.

Deux minutes ou une heure trente se passent, à l'appréciation du metteur en scène.

 

 

 

 

- Entrez donc, nom d'un chien !

 

 

 

 

RIDEAU

 

 

 

 

Ce « nom d'un chien » fut réservé à l'exhibition parisienne, puis successivement remplacé selon les lieux de représentation par « good Lord », « cornegidouille », « par la barde du prophète », « fuck », « fouchtra », « hijo de puta », « porca Madonna », et bien d'autres encore, parfois choisis au pied levé, en général par le concierge du théâtre dans lequel était jouée la pièce. Lors de la première représentation londonienne, la pièce fut copieusement huée car l'auteur avait oublié d'adapter les jurons aux spectateurs. Les critiques dirent d'abord que ce mauvais accueil était dû au manque de compréhension du public pour qui « nom d'un chien » ne voulait rien dire, avant d'avouer unanimement que la pièce était franchement mauvaise.

 

Le rôle du personnage qui frappe à la porte et dont on n'a jamais su dire s'il s'agissait d'un homme ou d'une femme – et les exégètes s'en disputent encore – fut dans certaines occasions, de maladie, de rupture de contrat ou de désintérêt total, joué par le concierge du théâtre.

Commentaires

  • Les didascalies pourraient être lues par le souffleur dont le rôle est, ici, réduit à la plus simple exclamation... Pierre

  • Le souffleur pourrait aussi souffler " lit / barreau " mais on va encore dire que le théâtre subventionné est abscons... Pierre

  • Faire jouer au souffleur le rôle d'un récitant, voilà une idée vraiment lumineuse et qui permettrait d'enfin sortir de son trou cet artiste de l'ombre !
    Il faudrait néanmoins prévoir un nouvel accessoire à la machinerie du théâtre : une échelle dirigée vers la scène afin que le souffleur puisse venir saluer le public en même temps que les autres artistes.

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