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  • Le rogaton de l'âge d'or

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    Un réveil démonté

    Qu’on ne sait réparer,

    Un ciel réinventé

    Au-delà du bleuté.

    L’école c’est un jeu,

    La vie c’est pas sérieux,

    La semaine infinie

    Se rythme des jeudis.

    Des adultes bienveillants,

    Des adultes savants,

    Un monde entier à conquérir,

    On n’y comprend rien, il nous fait rire.

    On se l’invente, très facile,

    On se le construit bien docile.

    Un caniveau c’est un fleuve,

    La mare, une mer toute neuve,

    Des copains bien crédules,

    Des soucis minuscules,

    Des sommeils sans ombre,

    Tout d’un trait, en surnombre,

    Des réveils de miel

    Vers la vie torrentielle.

    Des quilles à la vanille,

    Elles font peur les filles,

    Elles discutent, trop sérieuses,

    Elles semblent très rêveuses.

    Toi tu comptes pour du beurre,

    Disent-elles, dédaigneuses,

    C’est bien plus tard qu’on verra le leurre

    De leur façon d’être, chipoteuses.

    Péronnelles, perruches,

    Ce sont toutes des cruches

    Sauf une ou deux peut-être

    Pour qui on veut paraître.

    Quand elles sont là elles nous embêtent,

    Absentes, elles nous entêtent,

    On les cherche les donzelles,

    Mais on est mieux sans elles.

     

    Six ans, pour être un homme, on n’a pas inventé mieux,

     

    Après, trop tard, on est devenu vieux.

  • Le rogaton des cités

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    Parfois je vais à la ville. Je vais à la ville comme on va au zoo.

    Quand je dis que la ville est un zoo, il ne s’agit pas de comprendre qu’elle est tout entière peuplée de sauvages dangereux aux moeurs nerveuses et imprévisibles, mais j’insiste sur l’observation qu’on peut y faire d’éléments n’appartenant pas au milieu fréquenté d’une manière usuelle par l’observateur s’y rendant, échantillon clôturé dans son habitat naturel, c’est-à-dire le plus propice à l’expression de ses sentiments et de sa manière d’agir. Un citadin dans la ville, c’est passionnant à regarder, un citadin à la campagne, c’est agaçant car il veut absolument se comporter comme il le fait chez lui.

    Je vais à, mettons, Marseille. En été, sur l’heure du midi. Parce qu’il y fait alors chaud et que la chaleur exacerbe les passions et engourdit un peu la faune des journées.

    On y sera plus tranquille, les noctambules bruyants et méchants dormiront à gros bouillons, la bouche ouverte comme une porte de cave et les vivants du jour seront tassés sur leurs chaises, abrutis par de lourdes pensées comme des miasmes. Ne resteront à respirer et regarder que ceux venus d’ailleurs.

    Chic ! On pourra prendre des photos !

    Quelques décérébrés au regard halluciné venant de nulle part et semblant y retourner erreront à toute allure en faisant vibrer les vitrines sur leur passage au gré des enceintes acoustiques de leur véhicule, approximatives mais bruyantes, qui déverseront une musique inconnue dont les notes basses injurieront les tympans sur un rythme binaire, pendulaire, exaspérant. On n’en fera pas cas, quand le feu rouge tournera vert ils disparaîtront bien vite dans les fumerolles de leur pot d’échappement.

    On ne dira jamais trop le plaisir extrême à se balader en ville, déambulant comme on se promènerait dans une sente forestière, le nez en l’air, sans but, sans arrivée prévue, sans itinéraire. Les villes ne sont pas faites pour ça, alors bien sûr le plaisir des découvertes est doublé.

    Il y a plusieurs manières d’arriver dans cette cité, mais la meilleure c’est de venir par le Nord, par Allauch ou par Septèmes, pour avoir une vue d’ensemble qui donne envie de descendre, Marseille étant sans doute une des plus belles villes qui se puissent concevoir, enserrée dans un anneau rocheux mais point comprimée. Elle pourrait s’étendre, mais là où elle est elle se plaît, alors elle y reste. Cette embrassade de la ville avant que d’y plonger vertigineusement permet en outre de s’imaginer que Marseille est peut-être bien une cité à moitié engloutie, les quelques miettes pointues qui résistent encore au Frioul semblant marquer comme la frontière au midi d’une ancienne agglomération beaucoup plus vaste et maintenant inondée. On dirait que la dépouille de Jean-Baptiste Kléber, retour du Caire où il avait été suriné par Soleyman el-Halaby, bloquée par un raz-de-marée, attend encore au château d’If qu’un bateau vienne la rapatrier.

    On ne cherchera pas à découvrir ces lieux devenus mythiques, mais qui n’existent plus que dans les mémoires rafraîchies en se penchant sur quelque ancienne carte, comme ces cent mètres du boulevard Baille, tranche de silence , qui rappelèrent à Jean Giono un rêve qu’il faisait de façon récurrente, là où existait (existe-t-il encore ? Ça ne sert à rien d’aller vérifier) un commissariat de police qui danse ; Nous n’irons pas non plus voir à quoi ressemble ce fameux boulevard Flotte. Quant au tram 54, je pense qu’il est inutile de l’attendre. 

    On n’ira pas voir le Mucem. Quitte à se repaître de structures modernes le Stadium de Vitrolles, bâti par le même architecte à deux pas de là, aurait mieux convenu pour ressentir le pathétique propre à émouvoir. Le Mucem est un gisant propre comme un sou neuf ; abandonné de tous dans une austère terre rouge, gigantesque cube gris tombé de Sirius, le Stadium est un transi qui fait ressentir au visiteur les affres du désespoir.

    Non, on va simplement garer sa voiture dans un endroit calme où elle ne risque aucune rayure, c’est-à-dire en fait assez loin, peut-être du côté du Dôme, peut-être du côté du port, endroits calmes à l’heure choisie, on va bien lacer ses chaussures, enfoncer les deux poings dans ses poches et sortir guillereter au hasard, en zigzags, avec le soleil pour repère, en tâchant du mieux possible de paraître invisible et silencieux. A la moindre alerte il suffira d’accélérer le pas pour faire croire qu’on va quelque part. Fastoche.

    C’est ainsi qu’une ville se visite, c’est la seule façon pour qu’elle veuille bien nous laisser découvrir quelques uns de ses secrets, de ses vrais secrets. Les mystères historiques qui font trembler les mémoires et arrondir l’oeil, il y a longtemps qu’ils sont dans les guides, accessibles à heures fixées en visites guidées et commentées.

    Ici par exemple, à Marseille, il y a un vrai secret, c’est-à-dire visible aux yeux de tous mais dont personne ne parle. L’endroit est pourtant hypnotisant et se laisse découvrir quand on ne le cherche pas, entre le Dôme et le port, justement entre ces deux endroits possibles pour garer sa voiture, c’est la rotonde ferroviaire, derrière la gare Saint-Charles, dont je ne dirai rien parce que tel n’est pas le propos. 

    Quand on aura vu ça, on saura voir le reste, ce qui parle à soi seul.

     

    Pour voir une ville il faut y être seul, c’est là tout le charme des cités fantômes et le destin des villes est de mourir pétrifiées. 

  • Le rogaton d'une année perdue

    Ah ! Nom d’un chien ! Deux mil huit, ça c’était une année !

    Une année que j’ai oublié qu’est-ce que c’est qui s’est passé.

    Souvenirs d’avant, souvenirs d’après, c’est du nanan !

    Tout c’que j’ai fait, tout c’que j’ai dit après, avant, oui, mais rien pendant.

    P’têt que pour vous 2008 c’est quequ’chose, mais pour moi, rien.

    Tu t’rappelles quand… Tu t’souviens comme… Non, vraiment rien !

    On sort l’agenda, on feuillette, on compulse à vue de nez,

    Les choses qu’on a faites qu’on voit écrites, ça pourrait être une autre année.

    Nom d’un chien de nom d’un chien, c’est comme si, 2008, j’avais pas vécu !

    C’est comme si au Monopoly y’a un tour que j’aurais perdu.

    Faut s’rattraper, le temps me la doit cette foutue année !

    Alors le prochain clébard que j’ramasse il s’appellera « 2008 », nom d’un chien !

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