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  • Un rogaton d'optimisme

     

    Cannes 28 juillet 2013 032.JPG

     

    • Qu’y a-t-il dans la salle 101 ?

    • Vous savez ce qu’il y a dans la salle 101, Winston. Tout le monde sait ce qu’il y a dans la salle 101.

       

       

        Devant la salle 101 l’humanité piétine, trépigne, s’impatiente.

        Le jugement dernier est permanent et jamais ne cesse le bruissement de la foule qui se presse devant la porte où le spectacle est donné. La porte n’arrête pas de claquer derrière chacun qui, un à un, pénètre dans la salle.

        Car chacun est curieux de savoir son destin. Cette pièce est-elle une antichambre ou n’est-elle que la fin du voyage ? Ils sont tous pressés de savoir même s’ils pressentent qu’ils vont être déçus. Quel que soit le spectacle qui s’offrira à leurs yeux derrière la porte ils en seront déçus.

        C’est la salle des tortures permanentes, disent certains, et ils ont hâte d’en finir avec cette insupportable et bien inutile attente qui semble doubler leur peine de vivre.
        C’est la félicité éternelle, pensent d’autres, et c’est alors à l’intérieur d’eux-mêmes qu’ils bouillonnent, ne voulant pas paraître trop injustement impatients devant les autres, plus tièdes.

        C’est un leurre, affirment les sceptiques, il n’y a rien dans cette salle, rien que des miroirs reflétant ce que fut le passé de celui qui entre. Il entre dans son passé et la terreur commence. Il y a partout des miroirs dans cette pièce, aux murs, au sol et au plafond, et où que porte le regard, nulle part il ne trouvera la réalité.

      Mais le miroir c’est encore quelque chose, et l’homme se dit que s’il n’est capable de refléter que le présent, il peut lui-même s’y voir, à l’intérieur de qui peut-être se cache le passé, enfoui dans son esprit. Non, le plus terrible serait que derrière cette porte ne se trouve rien.
        Tous les efforts qu’il a faits sa vie entière à essayer de deviner, à tenter de se convaincre que ce sur quoi il avait misé était le bon cheval seraient  réduits à néant.
        Alors en attendant son tour, on se distrait, on vit, on souffre, on s’insurge, on fait du mal, on reçoit des pincées d’amour, on donne des leçons, on court, on apprend, on philosophe, on fait passer le temps, on s’invente des contes de Camarde maladroite et ridicule, de baume de Fierabras capable de tout soigner pendant mille ans, de dieux généreux et compréhensifs.

        Pour se rassurer on croit ce qui est dit, que dans cette salle se trouve ce qu’il y a de plus insupportable à chacun, on s’invente des rats, des noyades, des enfouissements, des choses qui soient la pire pour chacun, mais variable suivant les sensibilités. Or la pire des choses ne peut qu’être la même pour tous, sinon ce ne serait qu’une chose terriblement désagréable mais réservée à soi seul, comme un privilège. L’homme n’a pas eu le temps d’apprendre à se méfier de la crédibilité de ce qui chatouille sa vanité.

      Et quoi de pire alors que de se rendre compte, juste après qu’il soit trop tard pour pouvoir faire demi-tour, que cette porte numéro 101 ne donne pas accès à une salle mais en fait sortir. L’humanité, au chaud dans la pièce qui lui était réservée, contenant la Terre, le ciel et ses étoiles, l’univers tout entier et même le néant, voulait à tout prix et le plus tôt possible en sortir pour aller nulle part, un nulle part innommable, l’inexistence.