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  • Un rogaton de château de Versailles

     

     

     

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      Dans le pays chryséléphantin de Gbadolite est un palais ruiné, Angkor de pacotille au charme suranné à peine qu’il soit né.

     

      De la folie des hommes il fut créé, de la même folie il fut saccagé.

     

      Pierre sur pierre partirent à la conquête d’une jungle équatoriale ; N’en restent que quelques éclats de marbre, des éclaboussures de gloire, et ces débris racontent des histoires de passions dévastatrices comme des averses de pluie de là-bas, chaudes et oppressantes, étouffantes, et qui ne peuvent désaltérer car la soif est ailleurs. L’homme est aussi peu fait pour vivre aux pôles qu’à l’équateur, là, rajouter des peaux aux peaux ne suffit pas pour se protéger, ici il faudrait pouvoir parfois arracher la sienne, et l’ombre de ses actions s’étend tantôt à droite, tantôt à gauche.

     

      Ici les nuits sont chaudes et bruyantes, les midis, silencieux et torrides et la torpeur des pensées est permanente, les guerres sont tribales et immémoriales, rien ne compte qu’aujourd’hui car demain sera semblable.

     

      A Gbadolite la nature est puissante, le soleil est tout en haut et l’eau vient des régions de la Lune. Tout pousse, tout vit, tout se pousse et s’étouffe, la flore est luxuriante, la faune, exubérante.

     

      Ici pour survivre l’homme se doit d’être humble, son orgueil est négligeable, ses agissements sont méprisables, il se débat, il gesticule, mais pour avoir le droit de rester il faut qu’il reste caché. Parfois quelques insensés encore plus fous que les autres tirent depuis des hélicoptères sur des éléphants sans se rendre compte que c’est eux-mêmes qu’ils assassinent. Mais la jungle s’en fout ou plutôt elle en rit, car au plus vite ils disparaîtront, au plus vite elle retrouvera sa sérénité de cris, de douleurs, de joies et d’élans équilibrés et la dévastation redeviendra domestique.

     

      En attendant on peut encore visiter et se laisser aller à une nostalgie inexplicable et poignante, due peut-être à l’incongruité d’un tel palais à la démesure ridicule. Le charme est dans l’air, tout autour, et il ne fait que se cristalliser un peu plus sur cette accroche que sont les quelques pierres taillées de vanité. On pourrait voir cette demeure comme le vestige laissé par quelque extra-terrestre ayant eu sur son trajet vers une destination sérieuse un besoin pressant à satisfaire ayant nécessité un arrêt bref et urgent.

     

      C’est ce mystère qui attire, plus encore que les histoires insolites que ce lieu raconte ou inspire.

     

      Il faut se rendre seul à Gbadolite pour pouvoir errer à son aise dans les couloirs déserts, traverser d’immenses pièces nues, brûlantes comme des fours et tenter de s’imprégner de la présence de fantômes, imaginer dans un tremblotement de l’air la vibration rythmée d’un ectoplasme qui hurle vainement sa présence inaudible en projetant les acouphènes et les phosphènes d’un monde qui n’a jamais vraiment existé.
    Pénétrer dans Gbadolite c’est risquer d’y disparaître à jamais.

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