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  • Un rogaton d'incipit

     

    Phrygienne.PNG

    Le songe de Midas

     

     

     

    Comme que je remontais le Pactole vers le plateau qui bleuissait au loin en profitant de l’ombre relative de sa ripisylve étique, subitement une énervante odeur de cardamome vint exciter mes sens et ma curiosité, c’était un mystère de plus sur les rives de ce fleuve qui n’en manquait pourtant pas. L’impatience fut de courte durée car, débouchant peu après sur l’arête d’un ressaut de ce plateau je découvris dans un seul regard Gordion et son palais.

     

    L’immense esplanade dallée de marbre rose vibrait sous le soleil de midi, sa forme carrée semblant s’ovaliser de la déformation fébrile imposée aux regards par cette chaleur écrasante qu’on rencontre ici en juillet. Quelques petits groupes épars de promeneurs aux silhouettes lasses noircissaient les rares angles ombragés, leurs conversations presque inaudibles n’arrivant pas à percer l’écran ouaté  du flot bouillant de sang affluant aux oreilles en les assourdissant et nul ne se risquait à traverser la place en diagonale, ceux qui devaient le faire suivaient l’aplomb des murs, quelque détour que cela impliquât, comme des rongeurs effrayés en quête d’un abri.

     

    Le silence paraissait surnaturel, on aurait dit de celui du milieu de la nuit.

     

    J’entrai.

     

     Dans les couloirs laqués aux reflets iridescents et doux, des femmes belles et muettes allaient, dolentes, frôlant les parois en de souples ondulations de leurs voiles damasquinés d’argent et ornés de perles océanes, soulevant en passant les effluves mordorés des senteurs de musc s’échappant des amschirs ça et là disposés.

     

    Elles n’étaient pas esclaves, pas même de la mode, et s’étaient ainsi vêtues et parées selon leur seul goût exquis, sans désir d’être admirées, pas plus que l’allure ample et souple, lente et fluide, qu’elles avaient pour se déplacer n’avait d’autre objectif que de se rendre là où elles désiraient aller.

     

    Elles étaient simplement jeunes et belles et muettes, sans le faire exprès et, tout en sachant que cette jeunesse un jour disparaîtrait, ne la clamaient pas haut et fort, en couleurs gaies et en cris joyeux, comme pour estamper dans la pierre du palais un état dont il leur serait alors loisible de retrouver à leur gré les sensations, plus tard, bien plus tard.

     

    Elles étaient jeunes et belles et muettes tout simplement.

     

    Ces flabellifères zélées et volontaires partaient rafraîchir l’atmosphère du roi, assis sur son trône d’ébène - car l’or ici était banal, tout juste bon à offrir en cadeau aux habitants de Delphes, ces bizarres amateurs de statues chryséléphantines – ce roi qui s’assoupissait de pensées calmes en cette torride méridienne.

    Or, soudain…

  • Un rogaton de mont Parnasse

     

    L’exil d’une muse qui perdit la mémoire.

    Quelques méchantes rimes pour ne rien dire.

     

     

     

     

     

    Sambue.PNG

    T’en souviens-tu, petit âne, t’en souviens-tu ?

     

     

     

    De cette belle dame en ce moment crucial

     

    Qui recouvrit d’un geste ta noire bande cruciale

     

    En t’ornant pesamment d’une lourde sambue

     

    Pour, s’y juchant dessus, aller errer sans but ?

     

     

     

    Je m’en souviens très bien pour moi, je l’ai revue.

     

    Elle loge au cabaret, meneuse de revue,

     

    Car tes pas l’ont conduite là où tu le voulais,

     

    Là où tous les clients en vain désespéraient,

     

     

     

    Au Paradis Latin, pas loin du Montparnasse,

     

    Pour que des temps anciens elle retrouve sa grâce,

     

    Pour que le nom du lieu lui évoque les traces

     

    Des gestes qu’elle eut naguère avant qu’ils ne s’effacent.

     

     

    Terpsichore n’erre plus et les chalands affluent.

  • Un rogaton d'année

     

     

    Givre lac léman.PNG

    Quand il a fait trop froid depuis trop longtemps je me marchande des quatre saisons, tentant de me persuader qu’il faut bien inspirer une bise glaciale pour qu’un zéphyr parfumé expire ensuite, et je me récite :

     

     

     

    Janvier, de froid sans espoir mais d’espérance de lumière.

     

    Février appelle les esclaves à ramasser un crissant coton.

     

    Mars, folie rageuse d’un hiver qui s’accroche en rafales.

     

    Avril l’inutile, le bâtard, le sot qui n’est d’aucune saison.

     

    Mai le décevant atermoie ; Mais à la fin fait-il chaud déjà ou fait-il encore froid ?

     

    Juin, si long, si court, aux soirées infinies et languides, adolescence maladroite d’un âge mûr qui se fait espérer.

     

    Juillet qui éclate enfin, et tout bruit.

     

    Août, tout de bienheureuse torpeur et de moiteurs assassines, engourdit les campagnes et ameute les nuits citadines.

     

    Septembre l’enivrant, si délicieux aux narines assoiffées d’un désir qui rendra

     

    Octobre rougissant et

     

    Novembre désespérant.

     

    Décembre, sombre décembre, lueurs de catafalque.