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  • Des rogatons de paroles en l’air

    Une nuit   Hey, te souviens-tu de la chanson de Gainsbourg ?

    "Je t’aime moi non plus", un joli thème…

    C’était un soir où les fleurs du mal s’ouvrent et se pavanent

    Y’a la rue qu’était maboule,

    Je t’ai croisé, par hasard et pas rasé

    Rive gauche à Paris ;

    Débraillé comme un étudiant, t’avais des ardoises de rêveries

    Et les cheveux aux quatre vents.

    Moi, cœur d’artichaut qui donne une feuille à tout le monde, je t’ai dit :

    « Je suis gourmande et mes lèvres sentent bon ;

    Si tu veux tu peux, m’embrasser sur la bouche et même pire… »

    Alors, i put a spell on you, and you roule a pelle to me

    En route, on s’est fait pour pas une thune, des clairs d’amour au clair de lune

    En s’foutant pas mal du regard oblique, des passants honnêtes

    On savait déjà, à l’entrée de la fête, la feuille morte que serait le petit jour

    Et quand bien même ?

    Rétines et pupilles, t’avais les yeux qui brillent

    Et moi, qu’une paire de mirettes au poker des conquêtes.

    J’ai vu un endroit qui ressemble à l’Italie, du linge étendu partout chez toi, c’était joli.

    Ton auberge était à la Grande Ourse.

    Tandis que crachaient les enceintes de la sono lançant, accords de quartes et de quintes,

    J’ai appris que, Lautréamont, les chants de Maldoror, tu n’aimes pas, tu adores.

    Cette nuit-là, on a pris des trains à travers la plaine,

    Et sous les couvertures, t’as alterné les lectures, un poème d’Edgar Poe, avec celui de ma peau

    D’la technique ? Affirmatif. Du doigté ? No comment…

    Et tant mieux si ce fut un péché, nous irons en enfer ensemble.

    Mais ce jour là, Vénus était distraite et Cupidon n’eut pas l’heur de s’occuper de nous ;

    Tu ne m’as pas promis des perles de pluie, des plages qui tremblent sous juillet,

    Ni parlé de fleur sauvage qui fait des ravages, dans les cœurs d’enfants

    Tu ne m’as pas non plus fait le serment, qu’avant moi, y’avait pas d’avant.

    Après tout peu importe, si ce n’était pas l’amour, c’étaient les alentours

    Et si tout est moyen, si la vie est un film de rien, ce passage là était vraiment bien...

     

    En fin de compte, une histoire sensuelle et sans suite ?

    Craignant de m’égarer, j’ai semé des grains de pavot sur les pavés de l’anamour,

    Puis, comme la vague irrésolue,

    Je suis allée et venue, cogner à ton huis, en réclamant tes bons offices

    Bec enfariné, pouvais-je deviner, le remue-ménage,

    Que dans mon destin, causerait soudain ce pèlerinage ?

    Enfin, t’as voulu revoir mes yeux jaloux : j’avais rendez-vous avec vous !

    On s’est regardé à peine, c’est à peine si l’on s’est penché, même si t’étais, malignement, tout près, tout près

    Et moi, dans les vapeurs de l’alcool, j’ai vu mes châteaux espagnols.

     

    Je t’ai brodé trois fois par jour, de délirants billets d’amour,

    De la même encre que tes yeux doux.

    Faut dire qu’on ne nous apprend pas à se méfier de tout.

     

    Aujourd’hui, me voilà entre la rue Didot et la rue de Vanves,

    Et y’a comme un arrière goût de never more…

    Je tangue, je chavire, et comme la rengaine,

    Je vais, je viens, je vire, je tourne et je me traîne.

    La barque pour Cythère est mise en quarantaine.

    Les yeux cernés, par les amours, au jour le jour.

    Avec d’autres bien sur, je m’abandonne, mais leur chanson est monotone

    J’aimerais bien entendre, ce que tu dis de moi,

    C’est sûrement très tendre, mais enfin bon, j’entends pas.

      

    Même si mes illusions donnent sur la cour,

    Je rêve, ne t’en déplaise,

    D’un amour qui me flingue, d’une fusée qui m’épingle… au ciel.

     

  • Un rogaton de hernie inguinale en vers très libres

     

     

    Scialytique sciagène.PNG

    Sous la lampe sciagène, un obscur chirurgien

     

    Criait son impuissance

     

    En silence.

     

    Les champs opératoires buvaient les flots rageurs

     

    De la honte épanchée de cette artère, honteuse.

     

    Mais nulle clameur de nul spectateur

     

    Pour s’horripiler  de frayeur.

     

    Personne ne put voir cette gueuse,

     

    Pas même le chirurgien obscur sous la lampe sciagène.

     

    Quelle gêne !

     

  • Des rogatons d'histoire ancienne

    Maman, elle avait fait tout comme sa mère lui avait dit qu'il fallait faire : ne surtout pas pondre qu'un seul gamin, parce que s'il lui arrivait quelque chose, au moins il en restait un autre... Les points de suspension ont leur importance dans cette tragique supposition, on peut presque les entendre à l'oral, accompagnés du haussement de sourcils et de la baisse de ton de rigueur, comme si c'était de mauvaise augure d'en parler trop fort, que ça pouvait donner des sales idées à la faucheuse, qu'on craignait vachement, mais pour pas le lui montrer, tout haut, on n'hésitait pas à lui dire d'aller voir la bas si on y était.

     

    Maman a jamais trop compris comment, si ce malheur venait à se produire, celui qui reste pouvait compenser, mais bon, elle a eu Pierre, et pour ne froisser personne, moi dans la foulée. C'était voulu, calculé, archi-désiré, peu d'écart, proximité, les marmots s'entendent bien, ils s'ennuient pas, et pis si l’un de nous disparaissait, maman serait pas seule, deux pour le prix d'un en quelque sorte, emballé c'est pesé. Parfois, on se barrait quand même, on allait se cacher, mais pas bien longtemps, parce que maman se faisait du mauvais sang, elle disait qu'on finirait par la rendre chèvre, à force. Et pis, un jour qu'on s'était planqués très longtemps, Camille est arrivée, comme ça, sans prévenir, comme une envie de pisser ou un cheveu sur la soupe, qu'elle lui disait mamie, inquiète qu'on disparaisse tous les trois d'un coup sous l'escalier ou dans le pommier, mais contente quand même car ça faisait encore plus la nique au destin, qui pouvait avoir le culot d'en prendre deux, au pire, maman serait jamais seule. Ma grand-mère piquait et avait toujours peur qu'on meure. Ma mère était toute douce et levait toujours les yeux au ciel. Camille avait la pétoche parce qu'on lui disait que si quelqu'un devait mourir, ça serait elle vu qu'elle était là depuis moins longtemps que nous. D'une certaine manière, je lui faisais comprendre le principe du droit d'aînesse. C’était pas gentil. Pierre nous causait de la loi salique, mais il savait pas le dire, il disait loi phallique, normal, c'était un garçon. On faisait semblant de trouver ça drôle, alors que c'était encore moins sympa. Mais les gosses sont pas prévus pour. Finalement, on est toujours là tous les trois, bien fait pour mamie.  

     

    Pas de bol, c'est papa qui a cassé sa pipe. Le sort est parfois vache, vu qu'il fumait plus celle en merisier depuis un sacré bail. Maman avait beau être entourée, elle était bien seule quand même quand il est parti papa. J'aurais bien voulu savoir ce qu'elle lui aurait dit, sa mère, à ce moment là. Elle était même pas là pour l'embrasser. Je sais même pas si elle aurait trouvé les mots. Y'en a un qui les a trouvés apparemment, et qui a comblé le manque de bisous qui piquent, c'est Jean-Louis, quand il est arrivé. Mais ça, je vous ai déjà raconté.