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  • Un rogaton d'imagination au pouvoir

     

     

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    Debout sur la terrasse de son appartement, Lise fermait les yeux et, s’imprégnant de la rumeur confuse et ondoyante de la grande ville, se persuadait de la voix calme et grondeuse de l’océan au loin.

     

    Paul, accroupi dans un angle de la bergerie, regardait le soir ses brebis manger le foin dont il venait de remplir les râteliers en croyant voir la pluie ruisseler à verse sur le toit.

     

    Sous le grand auvent du préau, Mathilde se promenait sagement de long en large et, les yeux dans le vague d’un avenir pressenti, s’imaginait applaudie par la pluie orageuse tambourinant en cadences fluentes et refluant sur le toit d’éverites.

     

    En ouvrant ou refermant selon son gré le robinet du haut de la cour gravillonnée Alain se fabriquait un Zambèze aux inondations dévastatrices qui ravageaient des champs entiers d’herbes folles, bousculaient des rochers titanesques comme des grains de sable et emportaient dans ses maelströms les hippopotames des rives comme s’ils n’avaient pesé que ce que pèsent les coccinelles. Plus âgé il explorerait le rocher de Roquebrune-sur-Argens dans son travers et découvrirait les merveilles torrides et ignorées d’un Hoggar mystérieux aux xérophytes venimeuses.

     

    Brigitte avait découvert l’existence de milliers de Niagara sous chaque mur gouttereau de chaque orage et l’eau qui pétille avait vite fait pour elle de se transformer en une eau qui frétille au fond du cratère d’un volcan menaçant.

     

    Henriette s’endormait toujours tard pour éprouver chaque nouveau jour la fatigue lassée et insatisfaite d’un sept heures du matin nauséeux et aboulique qui serait l’heure de sa mort. On meurt toujours à sept heures du matin au sortir d’une nuit percluse.

     

    Assis dans une caisse en bois immobile, Robert négociait de larges virages à plus de deux cents à l’heure, parfois même s’envolait-il pour raser les parois abruptes d’un défilé montagneux à la vitesse du son en soulevant d’énormes nuages de poussière.

     

    René Caillié (ou Caillé) apprend tous les rites et tous les gestes de l’Islam, se déguise en esclave égyptien affranchi désirant rentrer chez lui et se mêle à une caravane en partance vers Tombouctou, vers la ville interdite et inconnue, Lhassa des sables, pour y chercher l’imagination perdue de son enfance.

     

    L’imagination règle la vie et lorsqu’elle fait mine de disparaître un peu il faut vite aller la rechercher aux endroits d’où elle naquit pour la stimuler de nouveau, pour la faire renaître à partir du petit borborygme qui la fait encore faiblement scintiller au fond de nous, pour la réanimer afin qu’elle nous soutienne à son tour. Sans imagination l’homme se meurt, car l’homme n’est lui-même qu’une image, celle de celui qu’il a été, qu’il sera, qu’il serait ou qu’il voudrait être.

    L’imagination est ce qui nous fait vivre en créant le désir d’aller voir ailleurs, non pour cet ailleurs qui est en fait toujours plus beau imaginé, mais par ce désir seul.
    Rien de moins spectaculaire qu’un soleil de minuit, devant lequel pourtant se pressent en foule tant de personnes avides d’un ressenti qu’elles savent absent !...

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