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  • Un rogaton de murus strictissimus

     

    Au mois de juillet 1209 les soldats de l’Eglise massacrèrent dit-on sept mille personnes dans l’église Marie-Madeleine de Béziers au nom de l’éradication des hérétiques. Le légat Arnaud, représentant du pape, lorsqu’il lui fut demandé s’il fallait épargner les catholiques orthodoxes, aurait eu cette phrase devenue célèbre : « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ! ». Cette phrase est apocryphe, on en est maintenant quasiment certain, mais elle révèle tant l’esprit de la lutte de cette époque qu’on l’a gardée, époque où l’hérésie épouvantait tant qu’il était parfaitement admis par tous que mieux valait sacrifier dix innocents que laisser échapper un hérétique.

     

    Mais il y a pire : L’Inquisition mise en place par la suite et dont la préoccupation légale était le seul salut des âmes se servit d’une arme autrement plus efficace et plus délétère que l’éblouissement des martyrs, ce fut la confiscation des biens. Toute personne suspectée étant présumée coupable, ses biens étaient immédiatement confisqués, bien avant que le jugement fut rendu. D’ailleurs celui-ci pouvait durer des dizaines d’années.

     

    Mais il y a pire : Cette confiscation ne concernait pas seulement l’hérétique supposé, mais ses enfants et petits-enfants, tous jetés à la rue sans un denier vaillant et exempts de toute compassion de la part de leurs semblables puisque leur en témoigner aurait rendu ipso facto hérétiques ceux qui s’y seraient laissé aller.

     

    Mais il y a pire : Les dettes qu’avait pu contracter le suspect étaient éteintes car un hérétique perdait tous ses droits, notamment celui d’avoir pu conclure un quelconque contrat, ce qui évitait aux personnes bénéficiant de ces confiscations d’avoir à prendre en compte les créanciers, mais ne les empêchait pas de réclamer immédiatement les sommes dues par les débiteurs.

     

    Mais il y a pire : Toutes les ventes dont avait bénéficié le suspect, meubles comme immeubles, rentraient dans le lot de confiscation, et même si une maison par exemple avait passé ensuite par plusieurs mains, le fait qu’un jour un hérétique l’eut possédée l’avait entachée à jamais et elle devait être restituée sans aucune indemnité à espérer pour celui qui, de bonne foi, l'avait acquise.

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    Mais il y a pire : Lorsque des procès étaient intentés contre des morts leurs ossements étaient déterrés, puis brûlés sur le bûcher, forcément brûlés puisque l’accusé ne pouvait plus se défendre (d’ailleurs la défense était interdite, sinon de droit au moins de fait puisque quiconque se posait en défenseur d’un hérétique, témoin, avocat, notaire, était soupçonné d’hérésie), et les biens de ces personnes mortes étaient confisqués, biens dont croyaient pouvoir jouir les héritiers.

     

    Mais il y a pire : Les orphelins de parents strictement orthodoxes mais dont la tutelle légale revenait à un oncle soupçonné par la suite d’hérésie se voyaient spoliés de leurs avoirs.

     

    Mais il y a pire : Une invention moderne et vraiment diabolique, six lettres que nul ne peut prononcer sans que sa voix ne tremble, un sigle symbole de l’effroi : URSSAF. Cet organisme muet, aveugle et sourd devant qui chacun courbe et plie, inventeur de la pire des tortures morales par un principe on ne peut plus simple, demander une restitution d’argent avec suffisamment de retard pour qu’il soit forcément déjà dépensé, ce qui implique une course en avant de plus en plus accélérée, de plus en plus folle, épuisante, mortelle. Il oblige les gens à vivre comme si chaque année devait les rajeunir, jusqu’à ce que, parfaitement épuisés et las de faire semblant, ceux-ci ne se reposent un instant et se fassent proprement assommer.

     

    Mais là il n’y a pas pire…

     

  • Un rogaton d'espoir

     

     

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    Aimer.

     

    Aimer, et puis…

     

     

     

    Pleurer des larmes d’acide qui font hurler de douleur et rendent aveugle ;

     

    Crier de désespoir au fond d’un puits ouaté qui absorbe les sons comme le désert aride boit l’eau renversée sans s’en désaltérer ;

     

    Marcher dans un sens unique à reculons ;

     

    Au milieu d’une foule captivée par un orateur grandiose, se retourner pour rechercher un visage ami ou complice et s’apercevoir qu’au loin un observateur épie le dos de cette foule ;

     

    Craindre ses voisins, craindre ses parents, vivre avec la peur au ventre et n’oser s’endormir ;

     

    Laisser pousser ses ongles pendant quinze jours puis protéger ses mains par des gantelets d’airain ;

     

    Ne plus trouver de dieu à qui se raccrocher, fût-il de fer et de feu ;

     

    Achopper sans cesse sur une plaine unie en se dirigeant vers un horizon qui se dérobe ;

     

    Croiser la misère et ne plus la reconnaître ;

     

    Ne plus bouger, ne plus parler, ne plus penser, être une pierre qui attend de saigner ;

     

    Ne plus avoir de sensibilité que la proprioceptive, vivre comme un réflexe ;

     

     

     

    Sombrer, et puis…

     

     

     

    Brusquement, emplir avec avidité ses poumons d’un regard furtif entr’aperçu dans le miroir d’une flaque d’eau ;

     

    Et respirer à perdre haleine.

     

  • Des rogatons de repas de Noël

     

     

    Aujourd’hui, c’était le fameux repas de Noël à la cantoche.

     

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    La cantoche, c’est là où on mange le midi quand on est marmot. Mais ce qu’on ne nous dit pas à cette époque, c’est que c’est là aussi qu’on continuera de manger le midi quand on sera grand. Enfin grand, c’est une façon de parler. Parce que niveau savoir-vivre, je pense que certains de mes collègues n’ont rien à envier à leurs bambins.

     

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    Alors il faut savoir que dans les grosses entreprises, le repas de Noël, ça rend les gens heureux. Je ne sais pas pourquoi, mais ça les enchante. Tout le monde est au courant depuis belle lurette que ça tombe aujourd’hui, et rien ni personne ne les ferait louper cette occasion. C’est vrai que c’est un jour très spécial : on se marche sur les pieds, ça coûte plus cher, et en plus c’est pas bon.

    Le fois gras, il était digoulasse: du pâté, sans nervure, sans goût, bien aseptisé, servi dans des assiettes rose en carton. Voilà ce que c’est, la définition du foie gras pour la Sodexo. En dessert, il y avait du gâteau roulé pour faire la bûche.

    Pour le plat principal, on pouvait choisir entre du poisson qui avait l’air pas mal mais pour lequel il fallait faire la queue une demi-heure, et du kangourou.

     

    J’ai pris un steak haché. Avec des frites.

     

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