26.11.2011
Le rogaton d'un jour comme les autres
Ou la mémoire d’un poisson rouge.
Ce matin le soleil s’est éclairé brusquement.
Trois clignotements comme s’il hésitait et puis sa lumière blanche s’est déchirée d’un coup.
J’ai commencé ma ronde. Le ciel est habité de gros nuages difformes oranges et bleus qui se déplacent avec lenteur dans un cliquetis de ferraille et de poterie malmenée. Mais je sais que ces bruits préludent à l’averse de manne qui s’éparpille à la limite du monde et je sais aussi que tant que j’obéirai aux lois de l’Eau les Dieux seront favorables et continueront d’approvisionner régulièrement, car cela est écrit en lettres de sable sur les profondeurs inconnues du monde originel, ce monde que les impies nient en ironisant d’une façon si inconséquente.
En passant devant le bateau échoué qui n’en finit pas de vider sa cargaison de bulles, le ciel s’est fait brusquement menaçant en même temps que j’ai pressenti un grondement sourd et que deux grosses boules ovoïdes et brillantes sont apparues comme des maléfices attachés à un anathème dont on ignore tout mais qui est inscrit dans nos gênes.
Un coup de tonnerre a précipité ma fuite vers l’arrière du monde alors qu’une ombre gigantesque faisait vibrer l’atmosphère entière ; C’était un tremblement d’eau comme il en arrive parfois, imprévisible, et qui brise les ouïes en créant une panique irraisonnée.
En revenant doucement et précautionneusement par l’autre côté j’ai vu deux nuages oranges et bleus, immobiles, qui m’ont rappelé quelque chose. Sans doute les avais-je déjà vus il y a longtemps.
Alors j’ai commencé ma ronde en allant vers ce bateau échoué qui n’en finit pas de vider sa cargaison de bulles et j’ai décidé d’aller explorer l’arrière du monde, vers ces confins où je n’ai jamais osé m’aventurer.
Mais quels sont ces nuages oranges et bleus qui se meuvent en se déformant ?...
Un jour il faudra que j’écrive ma mémoire, je ne dis pas mes mémoires, il m’est si difficile d’en posséder une seule, minuscule.
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25.11.2011
Le rogaton d'un photon
Il existe un truc pour tenter de se figurer avec le plus de réalisme ce que sera l’avenir : imaginer le pire, la réalité sera au-delà.
Par pire il ne faut pas entendre que cet avenir sera de fureur et de feu, il est vain de se figurer l’expuition d’un volcan crachant son incandescence en une brûlante rivière descendant les Champs-Elysées, il est inutile de stimuler l’imagination par des froidures extrêmes où le seul élément encore un peu liquide serait l’hélium.
Non, le pire c’est le médiocre.
Le médiocre est ce qui est le plus redoutable à l’esprit de l’homme. L’enfer sur Terre c’est les îles Kerguelen avec leur climat étouffant dans l’œuf toute velléité de joie de vivre, fraîcheur et humidité perpétuelles alimentées par d’innommables vents. Ils n’ont pas de nom humain ces vents qu’on n’arrive au mieux qu’à adjectiver, comme pour leur jeter un anathème : rugissants ou hurlants, ils sont bien en-dessous du spectacle offert par les formidables vents catabatiques plus au Sud ou les gigotants williwaws plus à l’Ouest.
Le nom même de ces îles est une supercherie, la médiocrité incarnée dans la géographie toponymique, puisque le capitaine de vaisseau Yves Joseph de Kerguelen, seigneur de Tremarec, n’a jamais débarqué sur cette terre qui porte son nom, allant jusqu’à lui inventer des habitants (quelques manchots vus de loin sans doute), un climat propice et une végétation luxuriante pour justifier son voyage auprès du roi Louis XV et lui permettre d’en affréter un second.
Cette imagination débordante qui fait prendre des vessies pour des lanternes et des manchots pour des indigènes replets nous trompe assurément et ne sert qu’à nous éloigner par l’esprit d’un médiocre aussi inexorable que la force gravitationnelle qui régit le sort de tout objet quelles que soient sa taille et sa forme : tout corps porté aux nues redescend implacablement sur terre, et en général en s’y écrasant d’une manière maladroite, tragique ou comique.
L’électricité, au temps où les scientifiques se sont rendu compte de son existence, n’avait semble-t-il que des avantages. Et même beaucoup plus tard cette énergie qui était comme une magie inépuisable peinait à laisser découvrir son côté négatif, à savoir que, bien qu’inépuisable, il faille la créer, la transformer, à partir d’une autre énergie. Profiter d’un éclair ne pouvait éclairer que très fugitivement la perspective d’une application pratique.
Dans un quelconque « Journal de Mickey » des années soixante l’électricité avait toutes les parures d’une fée et le seul inconvénient que les rédacteurs aient pu alors trouver à porter en exemple aux yeux des jeunes lecteurs était que les pauvres footballeurs étaient condamnés à jouer la nuit dans un stade brillamment éclairé a giorno, Pandémonium de lumière.
Mais même en se forçant à être sceptique à l’excès, jamais au grand jamais on n’aurait pu imaginer la réalité des années 2010 : les ampoules modernes éclairent moins bien que cent ans auparavant. Les aristocrates fortunés de notre temps engagent un nouveau modèle de domestique, l’éclaireur de lumières, qui les précède de cinq minutes dans tous leurs déplacements afin d'actionner les interrupteurs et qu’ainsi leur confort visuel soit le même qu’avant, du temps où les ampoules éclairaient vraiment, c'est-à-dire immédiatement. *
Alors maintenant, qu’imaginer ?
On en est à la peinture faisant office de contact-interrupteur rien qu’en touchant de la main la surface qu’elle recouvre (j’imagine quel serait le résultat obtenu en marchant dans une pièce au sol recouvert de cette façon). Mais cela ne change rien quant à la réactivité des ampoules.
En 1870 les Français de Paris inventaient pour les aéronautes la lampe portable, une giberne portée en sautoir garnie d’une pile au bichromate de potasse, d’une bobine d’induction et d’une lampe, en même temps qu’ils créaient l’interrupteur, un bouton qui dirigé dans un sens ou dans l’autre lance la décharge ou la suspend, permettant, ainsi qu’il était alors précisé, de ne dépenser que proportionnellement au rendement (argument que reprendra Wonder comme réclame).
Est-ce vers ce système des origines qu’il faut maintenant envisager l’avenir ? Une lumière personnelle alimentée par l’énergie musculaire plongeant dans l’ombre les grabataires, les faibles, les malades, les paresseux, la lie de la société, ou, sans vouloir paraître trop médiocrement pessimiste, ne va-t-on pas tarder à se rendre compte que la flamme chauffe et éclaire en ne consommant que l’oxygène de l’air, oxygène inépuisable et gratuit ?
Pour l'instant.
* Cet épisode est imaginé mais peu s'en faudrait qu'il fût vrai. Peut-être l'est-il d'ailleurs, les collèges anglais ayant bien leurs chauffeurs de sièges de toilettes lors des frimas de l'hiver, rôle dévolu aux plus jeunes comme déférence envers les anciens, et qui consiste à s'asseoir quelques minutes sur le siège que l'ancien occupera immédiatement après.
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23.11.2011
Les rogatons de visite médicale
Une visite médicale professionnelle, ça laisse des traces. Hier, fallait que je m'y colle. J’étais donc invitée à me rendre au « première étage », ça partait bien. On a commencé par le plan personnel.
L'infirmière m'a expliqué comment bien me tenir sur mon siège, la voûte plantaire qui doit bien toucher le sol. Des fois que, après trente ans de posture assise, je sache pas bien comment on s'y prend. Y faut pas non plus mettre son téléphone trop loin, pour éviter les gestes « inutiles qui ne servent à rien ». Pas bête, j'y aurais pas pensé toute seule. Et l'ambiance avec le chef ? « Excellente ! ». Et votre métier, ça vous plaît ? « Beaucoup ! ». Après, j'ai cru que j'allais partir en courant tellement j'ai pas envie de faire partie de ce monde qui me démontre la distance idéale entre mes yeux et l'écran d'ordinateur quand moi je voudrais écrire, me balader à Paris, finir « les petits chevaux de Tarquinia », chanter en boucle « A toi » de Ferré, me moquer des cons, faire des blagues absurdes, m'instruire auprès de gens intelligents, retourner voir les Raboteurs de Parquet et sentir les odeurs de Pigalle dans le matin qui s'aseptise.
Mais non, on est passé au plan médical.
Si je fume? A peine. Si je bois à chaque repas ? Vous pensez bien que non ! Si j'ai un bon sommeil ? Je dors comme un bébé. Un bébé qui auraient les grosses cernes du lundi matin quoi. J'ai triché pour le contrôle de la vision, j'avais envie d'avoir une vue parfaite hier. Et comme ils sont pas hyper fut' fut', ça a marché. Ensuite, l'infirmière a voulu m'expliquer, dans un bureau mal fermé, où l'intimité n’avait rien d’idéal, comment reconnaître mes périodes d'ovulation. J'ai pas tout écouté. Et puis, pas de bol, l'appareil qui analyse les urines ne fonctionnait pas, ce qui l'a mise dans tous ses états. Elle a même oublié de lire le résultat de ma glycémie, et je me suis fait engueuler, quand je voulais savoir si je n'avais pas de diabète, parce que 0.7 il paraît que c'est pas bien, « il faut manger le matin ! » pour que le cerveau fonctionne bien et qu'on travaille efficacement toute la matinée. Ah, ça doit être pour ça alors. 
Comme l'appareil ne voulait toujours pas marcher, bien qu'elle soit allée chercher la notice et que, page 42, il était bien spécifié qu'il fallait éteindre et rallumer, chose qu'elle avait déjà faite pas mal de fois, elle a eu l'idée de lire le test à l'œil nu, avec l'aide d'une montre, ne me demandez pas pourquoi, je n'en sais fichtrement rien. Et là, j'ai cru que j'étais chez le rebouteux. Ou le marabout. Elle pense qu'il faut que je boive plus d'eau. Elle m'a demandé si j'avais mes règles. J'ai dit « non, pourquoi ? » Elle a dit que si je les avais pas, ça allait pas tarder. Elle a dû le voir ce matin, dans son marc de café.
Et le pire dans tout ça, c’est qu’il paraît que je suis apte.
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19.11.2011
Les rogatons d'une Afrique Noire - 2
Il va falloir d’abord apprivoiser ce qui régit l’ensemble de la société sénégalaise, non pas un éventuel code civil imité forcément du modèle français, mais quelque chose de plus profond, quelque chose qui semble attaché aussi bien aux hommes de là-bas qu’aux animaux qui foulent le même sol et aux végétaux qui y croissent.
La caractéristique princeps de ce pays c’est la nonchalance, celle des chats en maraude, celle des chiens promeneurs qui ont l’air de vouloir aller quelque part sans dévier, celle des baobabs qui n’en finissent pas de s’étaler à force de rester sur place en prenant avec les années une forme de stalagmite. Ce n’est pas cette nonchalance estivale européenne qui s’apparente alors à de la paresse due à la chaleur et au soleil lumineux ; là-bas il fait toujours chaud et le soleil éclaire toute l’année. Il semble que le climat ait marqué les gens depuis si longtemps qu’il ne puisse plus être directement responsable d’un abattement (ce qui en Europe serait un abattement), la preuve étant l’agitation inouïe des marchés aux heures les plus chaudes, quand le thermomètre dépasse allègrement les quarante degrés, quand il semble qu’on puisse étouffer avec nul endroit où poser les yeux qui serait un havre de relative fraîcheur. A ces heures où l’ombre même serait brûlante s’il y avait de l’ombre la panique peut alors s’emparer des insuffisants respiratoires en constatant qu’il n’existe à perte de vue aucun endroit où courir se réfugier.
La nonchalance est là, partout, dans la façon de parler, pourtant vive et animée, dans la façon de conduire des automobiles forcément déglinguées, dans la main négligente qui conduit la carriole attelée d'un cheval efflanqué qui se faufile dans le flux de la circulation comme un serpent dans l'herbe, dans la façon qu’ont les ménagères de balayer l’inexorable sable de leurs seuils, balayage de toute façon inutile, dans la façon qu’ont les commis bouchers de chasser les mouches de l’étal des dibiteries, comme d’inlassables flabellifères, dans les moutons se plaquant, résignés, contre les murs pour profiter de leur fine raie d’ombre, dans la façon de donner rendez-vous (les Sénégalais qui aiment à se moquer de tout et de tous sans s’oublier eux-mêmes affirment qu’ici ils ont une façon de compter le temps qui leur est propre, en heures CFA), dans leur façon de jouer de la kora, du djembé ou du balafon, rythmée, endiablée, mais étonnamment douce.
Mais là où elle s’exalte de la plus belle façon cette nonchalance, c’est quand elle s’attache à faire marcher les Sénégalaises. Qu’elles portent leur enfant drapé dans leur dos, lequel s'imprègne alors du rythme berçant qui sera celui de sa vie, qu’elles soient chargées d’un immense récipient sur leur tête, que les deux à la fois les encombrent ou qu’elles ne portent rien, elles paraissent flotter. Le bruit du frottement de leurs sandales sur le sol, qui dans nos pays évoquerait les chaussons d’un vieillard cacochyme, est un bruissement soyeux, leurs foulées sont amples et aériennes, comme pour économiser les forces. Un déhanchement chaloupé vient enrober l’ensemble, mais ici il semble indispensable, il semble assurer la cohérence de l’ensemble, relier le corps à la terre avec de souples lianes.
L’ébahissement est de mise ; elles paraissent venir d’ailleurs et y retourner. La rue est alors un théâtre.
Quand on se sera remis on ira visiter le pays.
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17.11.2011
Un rogaton de synonyme
Est-ce une des constantes du caractère de l’homme que de s’attacher aux combats qu’il sait d’avance vains ?
Est-ce la quête du Graal qui lui a ainsi forgé le caractère ou, au contraire, était-il déjà enclin à découvrir dans n’importe quel vase un éventuel Graal ?
J’ai ma petite idée là-dessus mais je n’en dirai pas plus, si ce n’est que ces interrogations n’auraient pas lieu d’être si je n'avais pas déjà été convaincu que l’homme n’est pas vraiment psychiquement équilibré, que cette vie qui l’anime est un feu ardent qui le brûle de l’intérieur.
Je pourrais parler de la recherche effrénée du mouvement perpétuel comme exemple de cette vanité ; aurait-elle passionné des générations de chercheurs s’ils n’avaient été convaincus par avance que ce mouvement ne pouvait pas exister, auraient-ils ainsi lancé toutes leurs forces dans une bataille s’ils n’avaient été persuadés qu’elle ne pouvait avoir nulle issue ? A preuve, la démonstration scientifique de l’impossibilité de son existence par l’établissement du premier principe de la thermodynamique, démonstration claire, logique, sensée, carrée, irréfutable, irréfragable, n’a pas fait varier d’un iota leur détermination inébranlable : « Je montrerai que je peux tenter de le faire car je sais au fond de moi que jamais je n’y arriverai ». Et même s’il était arrivé à un quelconque résultat tangible il aurait aussitôt cassé la machine qui l’aurait permis. Car ensuite, que faire ?...
Mais je préférerai m’attacher à une autre recherche, encore plus inutile car aucune voie de traverse, aucune découverte connexe, ne pourra jamais en dériver pour déboucher sur une application quelconque : la recherche du synonyme parfait !
Un synonyme on sait ce que c’est, c’est un mot qui, mis à la place d’un autre, en exprime la même idée.
A partir du mot « grand » on trouvera par exemple et par ordre décroissant : titanesque, gigantesque, monumental, phénoménal, immense, formidable, fameux, mémorable, conséquent, notable, discernable, etc. jusqu’à arriver, avant de virer dans le sens inverse, c’est-à-dire les antonymes, vers le zéro de la signification synonymique, vers un autre « grand » qui s’écrit de la même façon, signifie exactement la même chose avec la même nuance, un jumeau parfait de grand.…Et il fait souvent ce rêve étrange et pénétrant d’un « grand » inconnu, et qu’il aime et qui l’aime, et qui n’est chaque fois ni tout à fait le même ni tout à fait un autre, et l'aime et le comprend…
Tout le sel épique de la recherche est là, vers ce zéro, ce zéro qui est le Graal : trouver un « grand » qui signifie « grand » tout en n’étant pas « grand ».
Au début du dix-huitième siècle l’abbé Gabriel Girard écrivait :
« Si par synonymes vous entendez des mots qui ont une ressemblance de signification si entière et si parfaite, que le sens pris dans toute sa force et dans toutes ses circonstances, soit toujours et absolument le même, en sorte qu’un des synonymes ne signifie ni plus ni moins que l’autre ; qu’on puisse les employer indifféremment dans toutes les occasions, et qu’il n’y ait pas plus de choix à faire entre eux pour la signification et pour l’énergie, qu’entre les gouttes d’eau d’une même source pour le goût et pour la qualité ; dans ce second sens, il n’y a point de mots synonymes en aucune langue ».
Si ce brave abbé avait à ce point besoin de préciser les choses c’est qu’à coup sûr elles avaient besoin de l’être, et que certaines personnes axaient déjà leurs recherches vers ce but inaccessible. Que ses recommandations aient excité la curiosité des plus tièdes pour les lancer dans la bataille, créant ainsi involontairement ce qu’elles avaient désiré supprimer, cela ressemblerait bien à l’homme.
Cette quête du synonyme parfait, si elle aboutissait, c’est-à-dire si son principe était accepté, ne serait d’ailleurs pas sans conséquence. Un avocat pourrait s’en servir en ayant à plaider contre une accusation de plagiat pour faire dériver sa plaidoirie vers le mérite immense de son client qui, à force de travail acharné, a réussi à créer un texte qui soit entièrement composé de synonymes parfaits des éléments d’un autre texte.
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Des rogatons d'histoire de l'art - 3
Prenez une grande respiration, cet article va être assez long, et on va y causer de la civilisation gallo-romaine
Alors, tout commence en - 40, quand la Gaule devient romaine et plus celtique. Ça débute plutôt bêtement pour nos ancêtres les Gaulois qui, comme chacun sait, vivaient dans des huttes en bois, parce qu’en fait, pas mal de tribus nomades arrivent vers l’Occident, se font plus ou moins refouler, mais certains arrivent à se frayer un petit passage. Les Gaulois font alors appel à César pour rejeter les germains et ça marche, mais, c’est là qu’ils l’ont dans l’os, le libérateur devient alors le maître. Donc là je vous renvoie à la défaite d’Alésia en - 52 qui marque la chute de la Gaule, qui devient une province romaine, et c’est à peu près à ce moment là qu’Astérix naît. (Ndlr : l’auteur de ces lignes rajoute beaucoup de bêtises, et laisse au lecteur le soin de faire le tri). Mais là où les Romains sont balèzes, c’est qu’ils ne s’imposent pas du tout par la force, et laissent les go-go, les go-go, les Gaulois (promis, je vais arrêter avec cette blague), continuer à exercer leur petite culture romaine sympatoche, leur art celtique, leur culte tranquilles peinards, et y’a un mélange des deux cultures qui se fait, confère l’intitulé de la séance, et tout ça se passe sous ce qu’on appelle la pax romana.
Le mélange gallo-romain s’opère dans plusieurs domaines :
- l’urbanisme (les villes fortifiées, les arènes, les thermes comme les thermes de Cluny ou les arènes de Lutèce , le pont du Gard pour s’approvisionner en eau pure qui représente vraiment le génie romain. Les villas apparaissent aussi, comme à Vaison, où on en trouve une qui fait plus de 3000m2, avec la cour centrale qui s’appelle l’atrium, tout le monde le sait déjà mais un petit rappel ne fait jamais de mal ou encore les théâtres romains dans lesquels l’orchestre est coupé en deux pour mettre au centre les notables de la ville, comme le « maaaaagnifique théâtre d’Orange »).
A l’époque, y’a une grande richesse des décors, sur les murs, les sols, les plafonds et ça se fait à partir de peinture murale et de mosaïque. Les peintures peuvent représenter des « scènes de culte » (promis, là c’est pas moi, c’est le prof qui l’a dit tel quel alors je l’ai noté pour ne pas l’oublier, mais y’avait que moi que ça faisait rire.)
- le commerce : la Gaule est riche de son agriculture et de son élevage. La raison économique est d’ailleurs la première dans la conquête de la Gaule. On édifie alors de nombreuses voies romaines pour faciliter les échanges. Mais les Romains, ils font pas vraiment dans la dentelle, c’est plutôt du genre rectiligne leurs routes, on s’occupe pas trop de respecter le paysage à l’époque. (Tant et si bien que les autoroutes sont souvent tracées sur d’anciennes voies romaines). Alors qu’est-ce qu’on s’échange à l’époque ? Eh bien entre autres choses, du vin, parce qu’on était (déjà) habiles viticulteurs au début de l’Empire et assez vite, on en exporte dans des tonneaux et des amphores. Mais aussi du plomb, et on va voir pourquoi de ce pas.
En ce qui concerne les pratiques funéraires, la règle, dans les deux premiers siècles de notre ère, c’est plutôt l’incinération (des cendres placées dans une urne elle-même placée dans une sépulture de petite taille). Après, on préfère l’inhumation dans des sarcophage en pierre et des cercueils en plomb. Parfois, sur les restes des morts importants, on trouve des tissus précieux (soie, or…) qui témoignent de l’importance du commerce des hommes et des techniques. La soie passait par la route de la soie, comme son nom l’indique. Les tombes sont signalées par des stèles funéraires qui donne beaucoup d’informations sur la personne enterrée (nom, fonction du mort, représentée habillée, avec des outils…).
- les dieux : ya des cultes officiels romains, mais beaucoup de souplesse aussi, qui permet une certaine fusion grâce à l’influence réciproque des deux cultures, une sorte de syncrétisme quoi, si on veut employer des mots savants comme le prof.
Concernant la facture gauloise, on observe plutôt un traitement lourd, peu d’effets, des barbes, une tunique, parfois des animaux, des sabots, une posture assise, quelque chose d’assez statique. Le style romain est plus cool : ils ont des oliviers dans les cheveux, qu’ils ont souvent bouclés, les personnages sont nus ou légèrement drapés, élancés, divinisés. Et donc, sous l’empire, ben tout ça se mélange un peu, alors c’est coton de reconnaître d’où vient quoi. En tout cas, toutes ces statues sont dans un fanum (ou des fana) qui est un espace sacré, un sanctuaire, qui s’ouvre toujours à l’Est, côté soleil levant. On en voit peu dans le midi de la France, où on trouve surtout des temples classiques gréco-romains.
Y’a même, à cette période, un développement de cultes d’origine orientale comme le mithriacisme donc en gros, ça veut dire que y’a beaucoup de mélange entre les divinités locales, romaines, et même avec l’extérieur. L’univers sacré est bien intégré dans l’antiquité, ils ont pas du tout les problèmes de guerres de religion qu’on connaîtra plus tard.
- l’artisanat romain se développe beaucoup : on trouve de la sculpture sur bois, des objets en bronze, de la vaisselle d’argent, des poteries très élaborées, des objets de grande facture, comme la céramique sigillée (de luxe, avec signature, un joli décor, une englobe lustrée, c’est très beau). A l’époque, on commence à travailler le verre aussi et on découvre le soufflage avec une canne (procédé inventé par les Vénitiens). Les vases, les récipients deviennent de plus en plus recherchés dans les formes, les couleurs…
En conclusion (ouf, ça commençait à devenir long), cette époque est plutôt euphorique, tout va bien, on échange culturellement, religieusement, le commerce se développe, mais, mais, mais… vers le 3e/4e siècle, tout s’effondre avec les envahisseurs comme les Francs (salauds !) qui déferlent sur la Gaule par le Limes (j’explique pas ce que c’est, j’en ai marre, y’a un très bon article dans wikipédia pour ceux qui veulent).
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15.11.2011
Des rogatons d'histoire de l'art - 2
Le néolithique, c’est l’âge de la pierre polie, qui voit de nombreux changements entre l’homme son environnement permettant pas mal d’innovations majeures (domestications d’animaux, apparition d’outils, de la poterie, du textile, innovations agricoles comme l’araire). Les modifications sont lentes, mais révolutionnaires. La diffusion part du Proche Orient, vers le 8e millénaire avant Jean-Claude. Les premières communautés se répandent le long du Danube et de la Méditerranée ; là, y’a une vraie hybridation ou acculturation, alors que dans le nord de l’Europe la diffusion est vachement plus limitée.
Vers le 6e millénaire, c’est la phase ancienne : avec un décor cardial (j’aime bien ce mot, ça vient du coquillage) sur les céramiques ; culture sur brûlis le long du Bassin parisien, qui fait qu’on reste pas longtemps parce qu’on met le feu, donc l’agriculture se doit d'être itinérante.
Sur la façade atlantique, c’est l’art mégalithique (monuments de gros blocs) qui sont religieux ou funéraires : par exemple les menhirs à Carnac et leur alignement, qu’on sait toujours pas pourquoi ils sont alignés. Ils sont joliment décorés, même que celui de Locmariaquer avait été proposé à la place de l’obélisque de la concorde, mais quand même faut pas déconner. Ya aussi Stonehenge en Angleterre ou Goseck en Allemagne; il s'agit d'observatoires astronomiques qui servent les techniques agricoles en appréhendant le mouvement du soeil et de la lune.
Après, on passe au néolithique moyen (4e millénaire), avec l'homogénéisation des cultures dans toute la France et le développement de l’agriculture, on fait des statuettes, on s’installe dans des villages… Puis, c'est le néolithique final : on créé de nouvelles techniques agricoles, on s’installe dans des habitations lacustres sur pilotis, et on voit beaucoup de tombes collectives pour les mêmes familles.
C’est l’époque de l’apparition de l’artisanat (lames, cuillers, peignes…) et de l’industrie minière ; on voit apparaître des potentats et c’est le passage à l’âge de bronze (développement de la métallurgie avec production de cuivre et d’étain, deux alliages faciles à couler). Ce bronze se développe dans toute l’Europe, pour les armes, outils, bijoux. Des colporteurs vont extraire des Alpes le cuivre et l’étain, d’autres vont chercher de l’or, de l’ambre dans le bassin méditerranéen, les hommes s’enrichissent et se font enterrer dans des sépultures élaborées.

Les notables contrôlent la diffusion du bronze, la structure sociale change : les règles de l’hérédité se mettent en place, on échange beaucoup les métaux à cette époque. Le phénomène religieux est plus visible, on a retrouvé beaucoup de dépôts culturels.
En conclusion (mais on commence à avoir compris l’idée), ya des changements importants pendant l’âge de bronze (2300 à 1100 avant notre ère) avec invention de techniques, d’alliages, d'armes, dont la forme est conservée jusqu’à aujourd’hui, l’agriculture et l’élevage font des progrès constants, le développement artistique aussi. Et voilà.
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11.11.2011
Les rogatons d'une aviation
L’homme se dit ingénieux mais il est avant tout industrieux. Il croit en son génie mais doute un peu quand même. Comme un enfant il faut qu’il explore, qu’il expérimente, qu’il tente toutes les voies, qu’il goûte de tout, en un mot qu’il s’amuse avant de réfléchir posément pour mettre en avant ce qui le différencie des animaux : son pouvoir d’abstraction.
En tous domaines il veut avant tout essayer d’imiter, d’égaler puis de surpasser ce qu’il a devant les yeux, ce que la Nature a créé et qu’il tient pour modèle suprême.
C’est assez frappant dans le domaine de l’aviation.
Depuis très longtemps, depuis Icare qui n’a pas existé mais qui démontre les préoccupations des hommes de cette époque, et pendant très longtemps, un nombre inouï de farfelus sympathiques se sont affalés sur le sol en tentant de le fuir, et cela parce qu’ils voulaient être oiseaux. Des siècles et des siècles d’errance irraisonnée. Depuis Dante de Péronne qui se cassa les jambes au quinzième siècle, des centaines d’autres sont sortis invalides ou inanimés pour de bon de leurs tentatives d’essais de vol orthoptère. Et c’est là que gisait l’erreur, vouloir à tout prix imiter l’oiseau inaccessible jusqu’à n’utiliser pour cela qu’une faible partie de la cervelle, peut-être pour leur ressembler en tous points.
Tous les hommes volants sont tombés avec plus ou moins de fracas et ceux qui semblèrent avoir un certain succès sont ceux pour lesquels les témoignages sont les plus incertains. Puis, Lalande a démontré qu’un homme aurait besoin pour voler d’ailes de cent quatre vingt pieds de long, ce qui représente quand même un petit soixante mètres.
Alors on a essayé la machine volante, mais une machine servant toujours à actionner des ailes, on n’en sortait pas de ces foutues ailes de piaf. Elles eurent au fil de l’Histoire de jolis noms ces machines : la Colombe volante, la Mouche de fer, l’Aigle artificiel, etc.
Elles tombèrent toutes en rideau.
Exit le vol orthoptère.
Et pourquoi pas le vol hélicoptère ? C’est que cet appareil d’aviation composé de deux hélices tournant en sens inverse et mises en mouvement par un ressort n’a jamais été considéré que comme un jouet d’enfant. Pendant très longtemps personne de sensé ne s’y est intéressé, chacun préférant vagabonder dans les volutes rêveuses de l'extrapolation sans limites. Dès le milieu du dix-neuvième siècle l'imagination, tout à coup, se débrida, forcenée. Comme se créa la terreur de l'An Mille se forgea l'espoir de l'an deux mille, après l'enfer redouté on annonçait le paradis, l'an mille fut mystique, l'an deux mille serait scientifique ; il s'approchait maintenant à le toucher et les utopies devinrent vertigineuses. C'étaient des enfants qui imaginaient un monde à renfort de conditionnels excessifs : "Alors on dirait que ce serait super chouette !...", mais l'imagination des hommes ne se développait en arabesques infinies qu'à partir du substrat qu'ils avaient devant leur nez. C'étaient des calèches aérostatiques, des fiacres volants, des omnibus ballons, des tilburys ailés, des débardeurs aéronautes qui dépècent les nuages pour en extraire la pluie ou l'électricité, des chiffonniers aériens glanant les épaves égarées dans l'espace, quelque honnête bourgeois essayant de prendre à la ligne les oiseaux de passage.
Ne restait plus à explorer que la bonne piste, le vol aéroplane, car il est bien de passer sous silence ce qui n’est qu’utopie de fabuliste, la sustentation magnétique qui dirige l’île volante de Lagado décrite dans les Voyages de Gulliver.
Il faut préciser toutefois qu’une dernière incursion dans l’irréalisable fut envisagée, histoire de bien épuiser toutes les pistes (des enfants, ai-je dit !), celle du vol à voile, c’est-à-dire d’ailes fixes ne profitant que des courants porteurs de l’atmosphère, sur le modèle de l'albatros, piste abandonnée pour des raisons qui paraissent aujourd’hui dépassées : aucun appareil de contrôle, disait-on, ne pourrait être assez sensible pour ordonner et diriger à volonté les mouvements d’un tel engin, l'albatros opérant par exemple un formidable virage ou une plongée vertigineuse par le simple frémissement de la plus petite de ses plumes.
Mais quand même, il y a à part de tout ceci un domaine encore plus poétique et que toutes ces hésitations n’égaleront jamais, c’est celui du vol aérostat, ces ballons absolument pas dirigeables qui n’avaient qu’une certitude, le lieu et l’heure du départ.
Et bien même pour eux il s’est trouvé un chercheur comme on les aime, un découvreur de l’inutile, qui voulut absolument qu’ils aient enfin une destination probable. Fin novembre 1870, pendant le siège de Paris, durant lequel ces ballons furent fort utilisés, l’Académie des sciences a enregistré sans broncher la proposition d’un inventeur pour un ballon remorqué par des aigles que l’on dirigerait à volonté en plaçant devant eux de la viande fraîche qu’ils ne pourraient jamais atteindre. Une manière sans doute de punir ces oiseaux qui ne voulurent jamais révéler leur secret aux hommes.
Et ça c’est encore plus fort que Léonard de Vinci sur qui je n’ai pas dit un seul mot car il ne représente qu’une infime parcelle de cette immense saga.
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07.11.2011
Les rogatons d'une Afrique Noire...
... Mais pas sur les traces de Livingstone. 
Mis à part un rapide voyage Toulouse-Paris en 1981 avec en tête des raisons bien précises de l’effectuer qui m’empêchèrent de jouir pleinement du trajet (et qui fut d’ailleurs mon ultime visite à cette capitale qui me vit naître), la dernière fois que je pris l’avion remontait à 1973 pour me rendre dans la fabuleuse Californie.
J’avais donc d’excellents souvenirs des aéroplanes car c’était l’époque où on avait encore de la place pour s’asseoir.
Je me promettais monts et merveilles de ma découverte de l’Afrique Noire et de ce que j’en pouvais imaginer, m’étant défendu de chercher à en savoir trop pour garder les plus intactes possibles les sensations qui ne manqueraient pas de m’impressionner. Couleurs, odeurs, chaleur, tout était à découvrir, d’autant plus que je me faisais fort d’être à l’affût de ce que l’on ressent quand le soleil est exactement au-dessus de notre tête. J’y tenais tellement que j’avais choisi cette période de mi-avril pour me rendre au Sénégal rien que pour cela.
J’avais une toute petite idée de ce que pouvait être ce pays : j’avais vu le film « Coup de torchon » de Bertrand Tavernier et je me voyais déjà, tel Philippe Noiret, adossé tranquillement contre un baobab à regarder le vide de la savane. Je ne savais pas encore qu’il est impossible de rester tranquillement immobile au Sénégal sans se faire alpaguer par des vendeurs de pacotilles exotiques, au bagout impressionnant et très chaleureux.
J’imaginais une arrivée de nuit sur Dakar dans une atmosphère étouffante de grosse chaleur humide, ignorant pareillement que la presqu’île du Cap Vert où est situé l’aéroport Léopold Sédar Senghor, quartier de Yoff, est très rafraîchie par les alizés venus de l’océan et qu’il n’y fait jamais plus chaud qu’à Nice en plein été.
Mais je reviendrai plus tard sur cette arrivée à Dakar, car si le choc météorologique n’eut pas lieu à Dakar mais à Kaolack (ça aussi j’y reviendrai), j’ai par contre reçu une grande gifle quand j’ai été littéralement assailli, comme tout le monde, par la formidable agitation bruyante de la capitale. Et là personne ne m’avait prévenu, et c’est heureux.
Pour l’instant il faut partir de Nice, embarquer dans ce petit avion qui nous emmène vers Madrid, si petit que les pilotes dans le cockpit ressemblent en tout point à des Bidibulles, et débarquer au terminal Barajas en ayant eu à subir l’interminable conversation de deux jeunes espagnoles qui discutèrent tout le long du voyage sans une seule pause ni même un seul blanc. Mais que pouvaient-elles donc raconter ?
Les cinq heures d’escale permettront de découvrir ce que l’Europe propose de plus moderne : deux immenses terminaux tout en longueur regorgeant de boutiques, se faisant face à trois ou quatre kilomètres de distance et reliés entre eux par un métro aux rames automatiques.
Enfin, le dernier pas. Celui qui fait lever un pied vers l’Afrique tant attendue et qui se rabaissera cinq heures et demie plus tard sur le sol inconnu, juste le temps de faire comprendre à un passager également en transit que ce n’est pas parce qu’il avait le siège F-6 dans l’avion qui l’a amené à Madrid qu’il aura le même numéro dans celui qui l’en fera partir.
L’avion amorce sa descente dans le rougeoiement du soleil couchant mais à cette latitude et à cette époque de l’année le soleil se couche très vite, sans crépuscule, et la sortie sur le tarmac se fait dans l’obscurité accomplie. Un bref trajet en autobus nous débarque dans le hall de l’aérogare, alors qu’on est encore tout empreint des coutumes européennes inhérentes aux aéroports où la courtoisie est encore de mise, héritage du temps très proche où il convenait de s’habiller comme à la ville pour voyager en avion.
Mais c’est fini tout ça, ici on est ailleurs et dans un autre temps, le passage à la douane se fait dans la plus parfaite indiscipline et la récupération des bagages nécessite de jouer férocement des coudes, tellement qu’on est tout étonné de découvrir qu’ils n’ont été ni perdus ni saccagés.

Et on sort !
On sort de plain-pied dans la vraie vie urbaine sénégalaise, qui gesticule, qui crie, qui s’invective semble-t-il, qui klaxonne, qui pollue. Pas la peine de chercher un taxi, il y en a dix qui se présentent à la fois, tous plus entreprenants les uns que les autres, chacun plus hardi que le voisin, leurs mains agrippent les sacs pour faire mine de les engouffrer vers des coffres déjà ouverts. La tête nous tourne. Nous sommes de chétifs et maigrelets petits blancs (des toubabs comme on dit ici, en wolof) ballotés, submergés par cette vie si intense.
En route vers Warang, à travers le pare-brise étoilé ainsi qu’ils le sont tous, nous voyons les premiers camions surchargés de sacs d’arachides, miraculeusement équilibrés, si typiques qu’ils sont sur toutes les cartes postales, ainsi que les bus du pays, d’anciens combis peinturlurés où les gens sont toujours terriblement entassés
Après on se reposera en faisant connaissance avec les moustiques, et puis il faudra aller errer dans Saint-Louis l'ensablée, hypnotique et langoureuse, figée dans le temps, toute l'Afrique de l'Ouest se croisant à pied sur le pont Faidherbe, exactement telle que la décrivit Pierre Loti, il faudra s'étonner à Kaolack des gigantesques dunes de cacahuètes et se demander, puis trouver la réponse, pourquoi cette mosquée à l'entrée de la ville semblant provenir des Mille et Une Nuits est désaffectée et abandonnée, se laisser charmer par les petites vendeuses du bord des routes qui proposent leurs sachets de noix de cajou au pied même des anacardiers d'où elles les ont cueillies, tenter d'imaginer quel enfant démiurge a dessiné les troncs des palmiers rôniers à la base de tout l'artisanat local, se reposer dans la calme et catholique Popenguine, patrie d'une Vierge Noire ou s'agiter dans la folie du marché de M'Bour, se réjouir toujours du calao moqueur dans les vergers de manguiers et s'égarer dans les mangroves avec les pélicans.
Mais on omettra Saly, ses hôtels pétillants d'étoiles, ses résidences européennes luxueuses protégées des voleurs par des enceintes hérissées de tessons démesurés et camouflées par de très piquants bougainvilliers, on oubliera la Petite Côte en général, parodie d'une Côte d'Azur qui serait gangrénée par le tourisme sexuel, et la réserve de Bandia où les girafes se laissent peigner et aux rhinocéros si calmes qu'on les croirait de plâtre.
On n'ira pas photographier le portail de la maison de France Gall...
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Des rogatons d'histoire de l'art - 1
Au Louvre, on peut voir des tableaux, des sculptures, des pyramides (ha ha ha). On peut aussi prendre des cours, même que l'école est assez réputée, mais vu le prix que ça coûte, c'est pas étonnant.
Quand on aime bien se la raconter un peu, on choisit, comme moi, des cours d'histoire de l'art, qui se déroulent en soirée, après le boulot, histoire de montrer que vraiment, on est motivé parce que un lundi d'hiver, sous la pluie parisienne qui cingle, qui larde, voire qui fouette ou qui flagelle même parfois (oui bon d'accord j'exagère un chouilla), il faut vraiment se dire que c'est ce qui se fait de mieux et que ça a coûté un bras; alors on va s'asseoir sur les bancs de l'amphi Rohan à côté de plein de gens qui tendent plutôt vers la catégorie troisième âge, on ouvre son petit cahier et ses grandes oreilles, et ça donne des choses comme ça:
L'art paléolithique, qu'on appelle aussi pariétal, en gros, c'est les dessins qu'on trouve dans les cavernes, les grottes comme Lascaux, Chauvet et tout. On appelle ça de l'art, mais seulement depuis un siècle. On trouve essentiellement des représentations d'animaux (grands mammifères vivants); y'a aussi des figurations humaines et des iconographies, mais beaucoup moins.
On sait pas trop si c'est de la déco ou du symbolique. Il faut savoir qu'en fait, on sait pas grand chose sur cette période. Ah si quand même, on sait que souvent, les peintures sont situées dans des endroits exigus, hostiles, des galeries basses, mises à l'écart du visible, du tout venant. Mais c'est pas toujours vrai, y'a aussi des galeries avec de beaux volumes, comme Lascaux, qui se visite encore, faut s'inscrire et prendre son mal en patience.
Sinon, les couleurs, ben c'est surtout du noir (charbon) et de l'ocre (hématite); ce qui est marrant, c'est que l'altération de la paroi peut donner des nuances de couleurs et de volumes. Et ce qui est encore plus marrant, c'est qu'on trouve parfois, sur les animaux de profil, plusieurs pattes. Et c'est pas une erreur ni rien, non en fait ça serait la volonté de représenter un animal en mouvement. La bande dessinée avant l'heure quoi. Fou non?
Le paléolithique, c'est aussi l'art mobilier, c'est à dire celui qui se déplace. Et là, donc, c'est un art plus public, qui va des statuettes féminines (une forme losangique, des Rubens d'avant-garde, pour insister sur le rôle procréateur), ou certaines plaquettes, avec plein de symboles qu'on pige pas. Avec les inventions modernes tout de même (le scan), on arrive à lire de plus en plus de trucs. Mais on se demande toujours si le but de tout ça, c'est la vocation esthétique ou la représentation de mythes et de croyances. Sans doute un mélange des deux, qu'il a dit le prof en guise de conclusion.
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