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Les Rogatons Bleus

  • Des rogatons de Budapest

    Nous sommes arrivés dans la capitale hongroise le vendredi 12 mai au soir, après un voyage en avion détestable (et je pèse le mot). Un taxi jaune plus tard et nous voila dans notre grand appartement du quartier juif, loué pour 3 nuits : Petites rues pavées, façades baroques un peu décrépites, plus grande synagogue d'Europe à deux pas, et bars pleins à craquer dès que 19 heures ont sonné. Nous prenons l'apéritif sur une terrasse, on apprend grâce au routard quelques mots de langue magyare, impossibles à prononcer pour nous, pauvres petits français. Il ne faut pas trinquer à la bière, les filles sont géantes et peroxydées, tous les hommes s'appellent Ferenc, le "z" se prononce "s" et il y en a, en moyenne, deux par mot. 

    Nous allons ensuite manger le traditionnel goulasch dans un restaurant que l'on m'avait conseillé et qui nous déçoit cependant. Un peu attrape touriste et trop peuplé de français. La soirée se termine par le tour du quartier, que la jeunesse hongroise a pris d'assaut. Ici, Victor Orban ne semble avoir aucune prise. La bière coule à flot et la musique est forte. On l'entendra, au loin, assez tard dans la nuit, malgré le double vitrage des fenêtres de notre chambre.

     

    Le lendemain, tout le monde se lève assez tôt. Nous goûtons aux pâtisseries locales que l'on va chercher à la boulangerie du bout de la rue et nous nous dirigeons vers Buda, sur la colline. Le pont des chaînes traverse l'immense Danube et nous mène sur l'autre rive, celle de l'ancienne ville rivale, aujourd'hui amie. Refusant de payer le prix prohibitif du funiculaire, nous grimpons à pieds, la marche est vive. L'air est doux, malgré quelques averses. Les hauteurs nous offrent un magnifique point de vue sur Pest, son parlement, ses façades austro-hongroises. Ici, contrairement à Bucarest, le communisme ne semble pas avoir fait trop de dégâts. La galerie nationale est notre première visite. Un peintre hongrois retient notre attention, Munkascy. À part lui, les peintures sont assez faibles, rien à se mettre sous la dent. Sauf deux salles pleines de chefs-d'œuvre, un Raphaël, un Bassano un Van Gogh, deux Cranach, et même une plage normande de Boudin.

    La pluie a laissé place à un grand soleil. Nous déjeunons sur une terrasse ensoleillée loin des touristes de la colline, du genre Montmartre. C'est bon. Puis nous visitons un ancien hôpital, transformé en musée, sous la pierre de la montagne. Un abri antiatomique jouxte les lits des malades, construit à l'époque d'Hiroshima. Les hongrois flippaient des représailles des alliés. La visite guidée se fait en anglais, mais on comprend quasiment tout. Les autochtones sont sympathiques, souriants et ravis quand on leur prononce "kozonom", du bout des lèvres, ce qui veut dire merci, à priori.

    Toute proche, la cathédrale Saint-Mathias est belle, colorée, son dôme vernis scintille sous le soleil. Le ciel est bleu foncé et donne à mes photos des contrastes assez jolis. Nous redescendons, mon application m'informe que j'ai battu mon record du nombre de pas. C'est l'heure de la finale du championnat de rugby pour certaines, tandis que nous allons nous réfugier, après une redoutable averse faisant tournoyer le pollen, dans la galerie des arts de la ville pour quelques expositions temporaires (calligraphie chinoise, très belle) au calme  dans un magnifique palais dont la vue depuis le 6eme étage sur le Danube vaut à elle seule le prix du billet d'entrée. Le fauteuil molletonné sur lequel je m’assoupis, aussi. On rentre se reposer tandis que Clermont-Ferrand perd son énième finale, en longeant le Danube et je dois lutter ensuite pour sortir écouter un concert dans une petite cave, un bar en ruine comme on dit ici, manger et boire, et boire encore.

     

    Dimanche s'annonce chaud et aquatique. Nous nous dirigeons vers la grande halle du marché central, malheureusement fermé le dimanche matin, un comble ! Nous traversons un autre pont, plein de ferraille verte, à nouveau en direction de Buda mais cette fois vers la colline Gellert et la statue qui la regarde. Les budapestois l'appellent la statue de la liberté mais je ne comprends pas vraiment pourquoi. La montée est raide mais rapide. Il fait chaud. Je ne suis vraiment pas sportive, surtout en comparaison de mon amie qui, malgré ses 10 pintes de la veille et ses 40 ans bien sonnés, présente une mine éclatante et une forme olympique. Moi je transpire, à la traîne du groupe. Nous atteignons la citadelle, Hercule et son hydre terrassée y trônent. Nous achetons du paprika, l'épice locale, et tombons en redescendant, sur un parc plein de hongrois, tandis que que les touristes pullulent en hauteur. Nous mangeons des hot dog moutardés pas chers, dans l'herbe. Des enceintes jouent de la musique agréable, tubesque, qui se marie parfaitement au décor champêtre. Nous filons vers les thermes Gellert, bâtiment de style art nouveau. Les bassins sont chauffés naturellement. En plein air, nous profitons du soleil, mon nez rouge en témoigne. La vie coule doucement, l'eau nous régénère, j'adore. 

    Après une limonade aux tranches de fruits frais, nous reprenons notre route vers Pest. Nous trouvons un bar en plein air, des bancs en bois, des lampions accrochés aux arbres. On parle cinéma, politique. On regrette un peu le concert de Bela Bartock qu'on aurait voulu écouter, mais les mojitos très frais compensent un peu.

    La journée se termine par un bon repas dans un restaurant local, sans chichis, arrosé de deux bouteilles de vin hongrois. Une bonne adresse culinaire à retenir, sans doute la meilleure du voyage. 

     

    Lundi est le dernier jour de notre périple hongrois. Nous partons à pieds visiter Pest que nous avons peu vue jusqu'ici. La synagogue voisine a l'air belle mais la longue file d'attente et les dix euros nécessaires pour y pénétrer nous découragent. Nous filons voir l'église saint-Étienne néo-gothique, immense, pleine de marbre et de dorures, elle trône fièrement au centre de la ville. Nous allons ensuite voir le parlement - superbe bâtiment - la relève de ses 4 gardes et son miroir d'eau et finissons dans le musée d'art nouveau. La devanture est rigolote, il paraît que c'est le style viennois. On y trouve de beaux buffets arrondis, des pianos à queue, des méridiennes dissymétriques. Sympa.

    Nous parcourons ensuite les longues avenues jusqu'à l'opéra et nous voila dans la désuète ligne 1 du métro qui nous amène dans le bois de la ville, dans lesquels se trouvent les bains de Szechenyi, le même que celui qui a construit le pont des chaînes. Après un pique-nique dans le parc, nous allons faire trempette dans une eau à 36 degrés. Je profite, je sais qu'on ne reviendra pas de sitôt. On s'ennuie un peu. Les joueurs d'échecs qu'on rêvait d'affronter s'avèrent assez nuls. Deux thermes pour un week-end de trois jours c'est vrai que ça fait beaucoup. Mon amie est ravie, son bronzage aussi. Je suis pour ma part rouge écrevisse, et je sens mon dos brûlant, encore ce soir dans l'avion, qui a décollé avec deux heures de retard. 

  • Des rogatons d'apparat

                

     

     

           Au début du 17ème siècle, Marie de Médicis trouvait que ça sentait trop mauvais dans son boui-boui (plus communément appelé le Louvre), alors elle a eu envie de déménager pour la rive gauche, sur les terres du duc du Luxembourg. Elle a demandé à un de ses amis architecte (Salomon de brosse) de lui réaliser un beau palais, juste pour elle et son gros bébé d'amour. Il y avait même une pièce spéciale, à côté de ses appartements, dans laquelle un de ses autre ami, Rubens, a peint des fresques des grands moments de sa vie, peintures qu'on ne peut plus admirer dans le palais du Luxembourg, puisqu'elles sont maintenant revenues dans les collections du Louvre, la boucle est bouclée.

    Mais revenons-en à notre palais.

     

    Au moment de la construction, les jardins étaient plus grands, le bâtiment plus petit et le quartier de saint-germain-des-prés était moins prout-prout qu'aujourd'hui. 

     

    Puis, l'eau (sale) est passée sous les ponts de la Seine et le gros bébé d'amour est devenu Louis XIII. Mauvais garnement, il a renvoyé sa reine de mère dans ses pénates lors de la journée des dupes (la faute à Richelieu), et a fait agrandir le palais. A sa suite, Napoléon pour y mettre tout plein de paires (nos sénateurs actuels) a demandé à Chalgrin de créer un pavillon supplémentaire, un escalier très chic et de décorer le plafond de belles roses, comme il l'avait déjà fait pour l'arc de triomphe.

    On connaît la suite, le nombre de sénateurs n'a pas diminué, bien au contraire, la chambre qui vote les lois a pris de l'ampleur et le palais princier est devenu un joyau républicain. 

     

    Aujourd'hui, on y trouve toujours des bustes, des dorures, des émaux, des peintures de Champaigne, des tapisseries des Gobelins, et pas mal de groupes de visiteurs. La salle de lecture de la bibliothèque a l'air exceptionnelle, mais on n'a pas le droit de pénétrer sous la coupole de Delacroix quand on n'a pas ses entrées, dommage.  

     

    C'est un palais royal, qui nous rappelle que la France fut pendant longtemps une monarchie. Et ce n'est certainement pas les 3 ou 4 sénateurs présents dans l’hémicycle qui parviennent à faire penser le contraire. 

  • Un rogaton de vieux chanteur

    Je viens d'écouter la chronique de François Morel sur la poésie de la neige qui tombe sur nos champs, nos maisons, nos villes, nos vies, nos enfances perdues. C'était beau mais maintenant j'ai l'air d'Adamo qui me trotte dans la tête, c'est malin. Et puis il a à peine neigé à Paris. Quelques flocons mouillés, qui tombaient en pluie fine sur les capuches et bonnets. 

    Des images lointaines. Je me souviens des grosses bottes blanches de maman, du sel sur les trottoirs, des gants et de l'écharpe douce à l'étiquette portant mon nom pour ne pas la perdre à l'école. Du Noël blanc de la chorale. De la descente glissante de la rue Pierre Audry, des bus bloqués, des voitures qui avancent lentement, leurs gros feux éclairant difficilement la boue gris sale recouvrant le bitume. De Prévert et la chanson pour les enfants l'hiver. 

    Mais rien n'est tombé ici. Il doit faire trop froid.

    Qu'il est doux d'être au chaud, chez soi. Les murs sont orangés, l'appartement n'est pas très grand mais il est fonctionnel et la ligne une du métro m'amène en moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire dans le ventre de Paris. Adamo a gagné. J'écoute "tombe la neige" pour laisser ma mélancolie blanche l'emporter jusqu'à demain matin.